Washington Wall Street Watch 2018-10

Washington Wall Street Watch 2018-10

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

  • La productivité stagne au quatrième trimestre 2017
  • Le Beige Book décrit une croissance modeste de l’activité et des prix depuis janvier

Politiques macroéconomiques

  • Le président de la Fed de New York s’exprime en faveur de 4 hausses des taux d’intérêt en 2018

Régulation financière            

  • Les principaux régulateurs américains ont exposé leurs priorités d’action aux banques internationales
  • Les discussions sur le projet de réforme de la réglementation bancaire s’intensifient au Sénat

Brèves

 


Conjoncture

La productivité stagne au quatrième trimestre 2017

Le Bureau of Labor Statistics a révisé légèrement à la hausse son estimation concernant la productivité du secteur non-agricole au 4ème trimestre 2017. Dans cette nouvelle estimation, la productivité au 4ème trimestre 2017 ressort en stagnation par rapport au 3ème trimestre, alors qu’elle était en léger repli dans sa précédente estimation (-0,1%). Par rapport au 4ème trimestre 2016, la productivité américaine augmente de 1,1% et le nombre d’heures travaillées de 2,1%, amenant une hausse de la production de 3,2%. Le coût unitaire de la main d’œuvre dans le secteur non-agricole a par ailleurs augmenté de 2,5% au 4ème trimestre 2017, atteignant ainsi une croissance annuelle de 1,7%.

 

Le Beige Book décrit une croissance modeste de l’activité et des prix depuis janvier

Le Beige book publié par la Fed le 7 mars, qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme modéré en janvier et février. La croissance a été soutenue par le secteur du tourisme, les ventes au détail, hors secteur automobile, ainsi que dans certains Etats, notamment celui de New York, par l’immobilier commercial. Les volumes de prêts ont stagné dans la plupart des districts.

Le document signale aussi que l’emploi a augmenté à un rythme modéré depuis le début de l’année, avec des tensions inflationnistes sur le marché du travail et une demande persistante pour la main d’œuvre qualifiée. Enfin, seuls quelques districts font état d’une augmentation des salaires consécutive à la réforme fiscale entrée en vigueur le 1er janvier.


 

Politiques macroéconomiques             

Le président de la Fed de New York s’exprime en faveur de 4 hausses des taux d’intérêt en 2018

Au cours d’une conférence à Sao Paulo le 1er mars, le Président de la Fed de New York, William Dudley, a estimé que 4 hausses des taux d’intérêt directeurs au cours de l’année 2018 seraient cohérentes avec l’idée d’une hausse « progressive » (gradual) exprimée par la Réserve fédérale. W. Dudley a notamment soutenu qu’une telle augmentation serait justifiée face à la stimulation provenant de la réforme fiscale votée fin décembre 2017, qui pousserait la croissance au-dessus de sa tendance de long-terme.

A la suite de cette intervention, les marchés ont connu un bref épisode de volatilité. Les marchés placent désormais l’éventualité que 4 hausses de taux aient lieu en 2018 à 30 %, même si les prévisions moyennes restent positionnées sur 3 hausses.

De son coté, le président de la Fed de Dallas, Robert Kaplan, s’est prononcé en faveur de 3 hausses de taux cette année, en considérant que l’économie américaine était « au niveau ou au dessus du taux de plein emploi actuellement ».


Régulation financière

Les principaux régulateurs américains ont exposé leurs priorités d’action aux banques internationales

La conférence annuelle de l’Institute of International Bankers (IIB), organisme qui représente les intérêts des banques non-américaines actives aux Etats-Unis, s’est tenue à Washington DC les 5 et 6 mars. A cette occasion, les représentants des principaux régulateurs financiers américains ont salué le rôle joué par ces banques (Foreign bankings organizations, FBOs) dans le tissu économique américain, soulignant notamment leur importance sur les marchés du crédit, du financement d’infrastructures, des produits dérivés ou encore de la dette souveraine. Ils ont également exposé leurs priorités d’actions pour 2018.

Craig Phillips, conseiller du secrétaire au Trésor, et Randal Quarles, vice-président de la Fed en charge de la supervision bancaire, ont tour à tour réaffirmé leur volonté de réviser certains aspects du cadre prudentiel hérité de la crise. R Quarles a ainsi plaidé pour une réforme substantielle de la règle Volcker, qui irait dans le sens d’une exemption pour les plus petites banques et d’une définition plus permissive des activités de tenue de marché (« market-making related activities »). Il a également déclaré vouloir évaluer l’impact de cette règle sur les FBOs et faciliter la possibilité pour une FBO d’investir dans des produits financiers non-américains. Craig Phillips a par ailleurs annoncé la préparation d’un term sheet sur un assouplissement de la règle Volcker.

S’agissant des standards prudentiels renforcés (EPS), Randal Quarles a estimé que le projet en discussion au Sénat (cf. infra), dont une des dispositions relèverait le seuil d’application des EPS aujourd’hui fixé à 50 Mds d’actifs, ne devrait pas avoir d’impact majeur sur les FBOs, dans la mesure où leurs actifs continueraient à être appréciés au niveau mondial. Plusieurs participants ont toutefois souligné le risque de distorsion concurrentielle au détriment des FBOs induite par cette disposition et soutenu une approche plus qualitative dans l’application des EPS, comme proposé par la Chambre des Représentants.

Christopher Giancarlo (CFTC) a plaidé pour une meilleure coordination, entre agences américaines et entre régulateurs internationaux, en matière de supervision des produits dérivés. Il a également estimé qu’il fallait éviter que le Brexit n’entraîne la remise en cause de l’accord d’équivalence entre les Etats-Unis et l’Union européenne sur les chambres de compensation, signé en 2016. Enfin, C. Giancarlo a exposé ses vues sur les conséquences des innovations technologiques sur la finance de marché. Il a ainsi présenté la blockchain comme étant à la fois une source d’opportunités, en permettant un accès complet aux données de marché,  et de menaces, en remettant par exemple en cause le positionnement du régulateur comme « validateur ». Enfin, il a rappelé que la compétence de la CFTC sur les crypto-actifs se limitait pour le moment aux cas de fraude et de manipulation de marché et salué la bonne performance des contrats futures sur le bitcoin négociés sur les bourses de Chicago (CBOE et CME) depuis fin 2017.

 

Les discussions sur le projet de réforme de la règlementation bancaire s’intensifient au Sénat

Le 6 mars, les sénateurs ont engagé l’examen en plénière d’une proposition de loi initiée par la commissaire bancaire du Sénat qui réforme les conditions d’accès au crédit immobilier et assouplit un certain nombre de règles prudentielles applicables aux banques. Présenté comme un paquet de « mesures de soutien à la croissance », le texte propose notamment d’exempter les petites banques (community banks) de l’application de la règle Volcker et de relever le seuil de soumission des banques aux standards prudentiels renforcés (EPS), de 50 Mds à 250 Mds USD d’actifs. Son  adoption en commission  avait bénéficié du soutien de plusieurs sénateurs démocrates.

Le 7 mars, plusieurs amendements au texte ont été déposés. En particulier, le président de la commission bancaire du Sénat et principal sponsor du texte, Mike Crapo, a proposé de « clarifier » le fait que le relèvement du seuil des EPS n’aurait pas pour effet d’exempter les grandes banques étrangères de leur application. Cet amendement fait écho aux critiques d’élus démocrates qui considéraient que le texte initial pouvait être interprété comme permettant d’exempter ces FBOs de l’application de standards renforcés en retenant uniquement leurs actifs aux Etats-Unis et non plus leurs actifs consolidés au niveau mondial. Un autre amendement donnerait la possibilité aux consommateurs de demander que leur historique de crédit (credit scoring) ne soit pas transmis à des banques, sans avoir à payer de frais pour cette demande.

Des sénateurs démocrates ont déjà exprimé leur opposition au texte amendé,  indiquant qu’il demeurait trop favorable aux grandes banques, notamment dépositaires, sans bénéficier au consommateur. Un vote du Sénat est attendu la semaine prochaine.


 

Brèves           

-Dans une lettre adressée au sénateur R. Wyden et rendue publique le 6 mars, le FinCEN – l’agence fédérale rattachée au Treasury en charge de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC-FT) –, estime que les entreprises levant des capitaux via des inital coin offerings (ICOs) peuvent être considérées comme des money transmitters. Dès lors, ces entreprises devraient être soumises aux règles LBC-FT, notamment en ce qui concerne (i) l’enregistrement auprès du FinCEN ; (ii) des procédures de vérification d’identité et (iii) un archivage des transactions.

-La Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers américains, a annoncé que les plateformes permettant d’échanger des crypto-actifs – y compris les jetons émis lors d’ICOs –, qui sont considérés comme des securities, doivent s’inscrire auprès de la SEC et se voient appliquer les règlementations de la SEC, notamment en matière de protection des investisseurs face à la manipulation des cours.

-Lors d’une audition au Congrès le 7 mars, le président de la Commodity Futures Trading Commission, Christopher Giancarlo, a plaidé pour une augmentation du budget et des équipes de la CFTC. Il a justifié cette demande en mentionnant l’accroissement du travail de son agence en conséquence de l’essor des innovations technologiques, comme les crypto-actifs, et des nouvelles menaces à la sécurité des marchés financiers. Pour augmenter les ressources de la CFTC, C. Giancarlo a proposé de l’autoriser à facturer ses services (user fees). Il s’est également déclaré opposé à l’introduction de frais de transactions.

-Le 6 mars, Gary D. Cohn, directeur du National Economic Council et principal conseiller économique de D. Trump ces derniers mois, a annoncé sa démission. Cette démission est intervenue deux jours avant l’officialisation de la décision de D. Trump de relever les droits de douane sur l’acier et l’aluminium.

-Le sénateur John Cornyn (R-Texas), numéro deux républicain du Sénat, a mis en doute la capacité du Congrès à adopter, avant les élections de mi-mandat, le plan d’infrastructures présenté par Donald Trump en février. J. Cornyn a expliqué que l’agenda des réformes à examiner au Congrès d’ici novembre était déjà très dense.

-Le 5 mars, le Chicago Stock Exchange (CHX), et  North America Casin Holdings (NACH), un groupe d’investisseurs chinois, ont  officiellement mis fin à leur projet de fusion. Cette annonce fait suite à l’avis négatif rendu en février par la SEC sur ce projet de fusion, qui avait pourtant reçu l’aval, en 2016, du CFIUS, l’organisme chargé d’examiner les transactions posant des enjeux de sécurité nationale.

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