Washington Wall Street Watch 2018-06

Washington Wall Street Watch 2018-06

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

  • Les créations d’emploi se poursuivent et les salaires montrent des signes d’accélération
  • Les marchés actions ont connu de fortes corrections durant la semaine écoulée

Politiques macroéconomiques

  • Un accord majeur sur le budget est en passe d’être adopté au Congrès mais un bref shutdown ne peut être exclu 

Régulation financière            

  • La  Réserve fédérale actualise son cadre de supervision des grandes banques pour 2018
  • Les agences proposent d’alléger les exigences de marges pour certains contrats de swap

Brèves

 


Conjoncture                                               

Les créations d’emploi se poursuivent et les salaires montrent des signes d’accélération

Le rapport sur l’emploi du Bureau of Labor Statistics fait état de 200 000 créations d’emplois au mois de janvier aux Etats-Unis (après 160 000, nombre révisé à la hausse). Le rythme élevé de créations d’emplois, alors que de nombreux observateurs considèrent que la situation de plein emploi est atteinte, a supris les analystes (consensus de 175 000 nouveaux emplois). Le taux de chômage est stable à 4,1 %, à l’instar du taux d’activité qui stagne à 62,7 %.

L’évolution des salaires est le second motif d’attention sur ce rapport. Les salaires progressent de 0,3 % en janvier et de 2,9 % sur douze mois (après 2,7 % en décembre 2017, révisé à la hausse).  Ce début d’accélération laisse penser à certains observateurs que les tensions sur le marché du travail pourraient accélérer la hausse des rémunérations, après plusieurs mois d’inflation salariale inférieure aux attentes.

 

Les marchés actions ont connu de fortes corrections durant la semaine écoulée

Les marchés actions ont subi de fortes pressions au cours des séances de marché des 2, 5 et 8 février, l’indice Dow Jones ayant successivement cédé 2,5 %, 4,5 % et 4,2 %. Depuis son pic du 26 janvier, le Dow Jones a ainsi perdu plus de 10 %. Le marché obligataire et le marché des devises ont été globalement jusqu’ici peu affectés : sur une semaine, le rendement à 10 ans des Treasuries perd 2 points de base et l’euro cède 1% contre le dollar. Un épisode de volatilité exceptionnel a été observé, l’indice VIX – calculant la volatilité à partir des options surle S&P500 – signant sa plus forte augmentation intra-journalière lundi 5 février et augmente de près de 150 % sur la semaine.

Parmi les explications possibles, plusieurs analystes, mentionnent l’accélération inattendue de l’inflation salariale aux Etats-Unis, qui a pu conduire les investisseurs à revoir leurs anticipations des niveaux de taux d’intérêt et de croissance. D’autres analyses évoquent la présente période de buyback blackout – période durant laquelle les entreprises ne sont pas autorisées à racheter leurs actions en vue de la publication de leurs résultats trimestriels –, qui est généralement associée à une plus forte volatilité. Selon A. Sorkin (NY Times) a également fait un lien avec la réforme fiscale, qui en constituant une expansion budgétaire en période de plein emploi, risquerait d’induire une hausse de l’inflation et une réaction de politique monétaire. Enfin, P. Krugman, dans une tribune, rappelle qu’il n’y a pas forcément de raison rationnelle derrière ces mouvements de marché et que le krach boursier de 1987 résultait largement d’un comportement de panique moutonnier déconnecté des fondamentaux.

Le secrétaire au Trésor, S. Mnuchin, s’est exprimé sur le sujet le 6 février, indiquant qu’il surveillait les marchés mais qu’il estimait que ceux-ci « fonctionnaient correctement ». Le 7 février, W. Dudley, président de la Fed de New York, a quant à lui minimisé le choc et son impact potentiel (“It’s a big story in the press, not for central bankers et it’s not that big a bump”).

Evolution du Dow Jones sur 2 ans

Sources : Datastream, DG Trésor


Politiques macroéconomiques             

Un accord majeur sur le budget est en passe d’être adopté au Congrès mais un bref shutdown ne peut être exclu

Le Congrès est en voie d’adopter un accord budgétaire majeur portant sur un nouveau budget temporaire (continuing resolution) de six semaines ainsi que plusieurs mesures de finances publiques d’importance. Ce texte permettrait d’éviter un shutdown (fermeture des services publics non essentiels), le budget temporaire actuel se terminant le 8 février, et ouvre la voie à l’adoption d’un budget complet dans les prochaines semaines.

Cet accord prévoit un nouveau budget temporaire courant jusqu’au 23 mars. Il comprend également (i) un relèvement des plafonds de dépenses militaires de 80 Mds et 85 Mds USD en 2018 et 2019, et une augmentation de 63 Mds et 68 Mds USD des dépenses non-militaires (ii) la suspension du plafond de dette jusqu’au 1er mars 2019, (iii) un plan de soutien de 89,3 Mds USD pour les régions sinistrées par les ouragans et les catastrophes naturelles (Texas, Floride, Californie, Porto Rico, Iles Vierges), (iv) une extension de 4 ans de l’autorisation de Child Health Insurance Program (assurance santé pour les enfants), la portant à un total de 10 ans. Aucune mesure de financement du mur ne figure dans l’accord.

Pour compenser les nouvelles dépenses engagées, le Congrès acte une série de mesures, allant de la hausse des frais de visas à la vente d’une partie du stock de reserves stratégiques de pétrole entre 2022 et 2027, pour un gain estimé à 100 Mds USD. L’impact budgétaire de cet accord est estimé à 320 Mds USD sur dix ans par le Congressional Budget Office.

Si l’accord est largement soutenu par la majorité et l’opposition, certains élus ont affiché leur dissidence. Les conservateurs républicains de la Chambre des Représentants ont refusé de soutenir le texte en raison de son impact sur le déficit budgétaire. Certains Démocrates ont vivement critiqué l’absence d’accord sur les sujets d’immigration et rappellent que c’était une condition de leur soutien à la précédente Continuing Resolution ; ils souhaitent ainsi maintenir la pression sur les leaders du Congrès pour qu’un texte en ce sens soit voté prochainement.


Régulation financière

La Réserve fédérale actualise son cadre de supervision des grandes banques pour 2018

Le 1er février, la Fed a publié les nouvelles lignes directrices pour 2018 de son programme de supervision des grandes banques actives aux Etats-Unis.

Dans un premier document relatif au Comprehensive Capital Analysis and Review (CCAR), la Fed indique que 18 banques, dont 5 non-américaines, seront soumises à une évaluation qualitative et quantitative de leurs fonds propres cette année, tandis que 20 autres établissements, dont les activités sont jugées moins complexes, ne seront soumis qu’au volet quantitatif. La Fed introduit également de nouveaux critères d’appréciation de la qualité des fonds propres bancaires. Elle demande par exemple aux banques systémiques de documenter la bonne mise en œuvre du ratio de levier supplémentaire (Supplementary leverage ratio, SLR), entré en vigueur au 1er janvier 2018. De même, en conséquence de la réforme fiscale adoptée fin 2017, les banques devront dorénavant fournir une étude d’impact de cette réforme sur leurs états financiers.

Un second document présente les modifications introduites par la Fed dans les scénarios économiques qu’elle utilise pour ses tests de résistance (stress tests). Parmi les principales nouveautés, le scénario le plus extrême (severely adverse scenario) repose désormais sur une forte dégradation du taux de chômage aux Etats-Unis qui atteindrait 10 % (+5,9 points par rapport à son niveau actuel), soit une hypothèse plus pessimiste que celle retenue l’an passé (+5,3 points). De même, le scénario intermédiaire (adverse scenario) s’appuie sur une remontée des taux d’intérêt de long terme à un rythme plus lent qu’en 2017.

Les banques ont jusqu’au 5 avril pour transmettre à la Fed leur documentation relative au CCAR et aux stress tests. Les résultats seront publiés par la Fed au plus tard le 30 juin 2018.

 

Les agences proposent d’alléger les exigences de marges pour certains contrats de swap

Le 5 février, cinq agences de régulation ont ouvert une consultation publique sur leur projet d’amender les exigences de marges applicables à certains contrats swap (swap margin rule).

Dans leur projet, l’Office of the comptroller of the currency (OCC), la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), la Farm Credit Administration (FCA), la Federal Housing Finance Agency (FHFA) et le Federal Reserve Board (FRB) proposent deux modifications de la règlementation en vigueur depuis 2015 qui impose aux swap dealers des exigences minimales de fonds propres et de marge pour chaque swap qui n’est pas centralisé par une chambre de compensation.

La première modification du texte permet de clarifier l’exemption des swaps conclus avant 2015 (legacy swaps) des exigences de marges. Cette exemption s’appliquerait également aux legacy swaps dont les termes du contrat auraient subi une modification postérieure à 2015, à condition que ces swaps soient en conformité avec la règlementation QFC (qualified financial contracts). Adoptée fin 2017, cette règlementation impose aux banques systémiques américaines des contraintes sur la commercialisation de certains types de contrats financiers, notamment les produits dérivés.

La seconde modification vise à harmoniser la définition de certains contrats de produits dérivés (master netting agreements), définition utilisée à la fois dans dans la swap margin rule et dans la règlementation relative aux QFC.


Brèves           

-Le 2 février, la Fed a pris des sanctions à l’encontre de Wells Fargo, dans le cadre de l’affaire liée notamment à la création de comptes bancaires fictifs, révélée en 2016. La Fed interdit à la quatrième plus grande banque américaine en termes d’actifs d’augmenter son bilan tant qu’elle n’aura pas amélioré sa gouvernance et sa politique de conformité. La Fed enjoint égalemment Wells Fargo à se séparer de quatre membres de son conseil d’Administration avant la fin de l’année, dont trois dès le mois d’avril.

-Le 3 février, Jerome Powell a officiellement pris ses fonctions de président de la Fed. Il remplace Janet Yellen qui rejoint le département des études économiques de la Brookings Institution.

-Lors de son audition le 6 février par la commission des finances de la Chambre des Représentants, le Secrétaire au Trésor, S. Mnuchin, a indiqué que le Financial Stability Oversight Council (FSOC) allait réconsidérer la désignation comme « assureur systémique » du groupe Prudential. Prudential est le dernier assureur américainn encore considéré comme systémique depuis la dé-désignation d’AIG en octobre 2017.

-Lors de leur audition conjointe par la commission bancaire du Sénat le 6 février, les présidents de la Securities and Exchange Commission (SEC), J. Clayton, et de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), C. Giancarlo, ont indiqué que les travaux initiés par les deux agences sur les crypto-monnaies visaient notamment à évaluer le risque que ces produits pouvaient poser à la stabilité financière. J. Clayton a par ailleurs estimé que les jetons (tokens) échangés à ce jour lors des levées de fonds par crypto-monnaies (ICO – initial coin offerings) consistuaient tous des titres financiers (securities).

-En réponse à une question de la sénatrice Elizabeth Warren lors de cette même audition, le président de la SEC, J. Clayton, a déclaré qu’il souhaitait amender la règle fiduciaire relative aux produits d’épargne retraite pour la rendre plus claire, sans affaiblir le niveau de protection des investisseurs. Pour rappel, le Département du Travail (DoL) vient de reporter à juillet 2019 l’entrée en vigueur de la règle fiduciaire, qui contraint les conseillers en investissement spécialisés dans la commercialisation de produits de retraite à placer en priorité l’intérêt de leur client.

-La FINRA, l’organisme américain d’autorégulation des agents de courtage (broker dealers), a annoncé l’entrée en vigueur de nouvelles règles de protection des investisseurs. Les broker dealers doivent désormais demander systématiquement à leurs clients « vulnérables ou âgés » le contact d’une personne de confiance. Ils pourront également suspendre une transaction s’ils suspectent que leur client agit sous la contrainte d’un tiers.

-Le 8 février, la commission bancaire du Sénat a confirmé la nomination de Jelena McWilliams en tant que présidente de la FDIC, de Marvin Goodfriend en tant que gouverneur de la Fed et de Thomas Workman en tant que membre du FSOC en charge du secteur de l’assurance. Ces nominations doivent désormais être approuvées par un vote du Sénat en plénière.

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