Washington Wall Street Watch 2017-43

Washington Wall Street Watch 2017-43

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

-La croissance américaine atteint +0,8 % au 3ème trimestre, un plus haut depuis trois ans

-Le Beige Book décrit une croissance modeste de l’activité et des prix depuis octobre

Politiques macroéconomiques

-Le projet de réforme fiscale est amendé lors de son examen au Sénat

-Les discussions budgétaires se poursuivent en vue de l’expiration du budget temporaire actuel

-La Fed multiplie les indices en faveur d’une hausse des taux en décembre

-Janet Yellen quittera la Fed à l’issue de sa présidence, Marvin Goodfriend est nommé gouverneur

-Nommé à la présidence de la Fed, Jerome Powell a été auditionné par le Sénat

Régulation financière

-Le Treasury propose de revoir la méthode de désignation des entités systémiques non bancaires

-La publication des données de marché sur les bons du Trésor est envisagée par les régulateurs

-Le traitement prudentiel allégé de certaines catégories d’actifs est prorogé pour les petites banques

Brèves


CONJONCTURE

La croissance américaine atteint +0,8 % au 3ème trimestre, un plus haut depuis trois ans

Le PIB américain a crû de 0,8 % au troisième trimestre, selon la nouvelle estimation du Bureau of Economic Analysis publiée le 29 novembre. Cela porte la croissance du PIB à +3,3% en rythme annualisé, en amélioration par rapport à la première estimation du BEA réalisée au T2 (+3,1 %). Il s’agit de la meilleure performance de l’économie américaine sur un trimestre depuis 2014. Les composantes de la croissance américaine ont peu évolué par rapport à la première estimation, la consommation des ménages demeurant le moteur principal de l’activité (0,4 point).

Le Beige Book décrit une croissance modeste de l’activité et des prix depuis octobre

Le Beige book publié par la Fed le 29 novembre, qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme modéré entre octobre et mi-novembre. Les entreprises se disent optimistes sur l’activité à venir lors de la période des fêtes tandis que le secteur manufacturier anticipe une croissance de l’activité.

Le document signale par ailleurs des tensions sur le marché du travail pour l’ensemble des districts, notamment des difficultés à pourvoir les postes créés. Cette situation, favorable pour l’emploi, s’accompagne de hausses des salaires et des avantages en nature. Enfin, les pressions sur les prix se sont renforcées sur la période, les entreprises signalant une hausse de leurs coûts hors travail (notamment l’immobilier et les prix de l’énergie).


POLITIQUES MACROECONOMIQUES

Le projet de réforme fiscale est amendé lors de son examen au Sénat

Plusieurs sénateurs républicains avaient affiché leurs réticences sur le projet de réforme fiscale présenté le 9 novembre, critiquant l’impact de la réforme sur le déficit, le traitement fiscal jugé défavorable des petites entreprises (pass through) ou encore les effets de l’abrogation du mandat individuel d’Obamacare.

En conséquence, D. Trump s’est rendu cette semaine au Congrès et plusieurs amendements ont été déposés pour unir la majorité derrière le projet de réforme. En particulier, un mécanisme de rappel (trigger) a été introduit pour limiter l’ampleur des baisses d’impôt si l’effet de la réforme sur la croissance devait être plus faible qu’espéré. Le dispositif, qui n’a pas été détaillé, a depuis été jugé contraire aux règles du Sénat.

Le texte ainsi amendé a été adopté en comité au Sénat, permettant à la majorité républicaine d’amorcer, le 29 novembre, la procédure accélérée d’examen du texte. Un vote en plénière est attendu d’ici le 1er décembre. Une issue positive au vote ouvrirait une conférence de réconciliation entre la Chambre des Représentants et le Sénat afin de produire un texte unifié.

Le 30 novembre, le Joint Committee on Taxation (JCT) a publié sa synthèse de l’impact macro-économique de la réforme fiscale, qui évalue à 0,8 % la hausse attendue du PIB américain sur les 10 prochaines années. Le JCT souligne toutefois que la réforme entraînerait (i) une augmentation du déficit de 1000 Mds USD sur 10 ans et (ii) une augmentation de 50 Mds USD de la charge de la dette, causée par l’augmentation des taux d’intérêt.

Les discussions budgétaires se poursuivent en vue de l’expiration du budget temporaire actuel

Le budget temporaire actuel (continuing resolution), adopté en septembre à la suite des ouragans Harvey et Irma, expire le 8 décembre. Avant cette date, le Congrès doit adopter un budget pour éviter un shutdown (fermeture des services publics non-essentiels).

Pour être adopté, le texte budgétaire doit être voté dans des termes identiques par les deux Chambres et requiert une majorité qualifiée de 60 votes au Sénat. En outre, l’augmentation des dépenses de défense proposée par les Républicains, qui conduirait à relever les plafonds (budget caps), nécessite lui-aussi un accord bipartisan.

Au regard des faibles délais impartis au travail législatif (6 jours en session), une solution envisagée par les deux partis serait d’adopter une nouvelle continuing resolution d’une durée de quelques semaines. Cette solution temporaire pourrait s’étendre jusqu’à Noël afin de forcer un accord avec les Démocrates. Les Républicains affichent une détermination renforcée à travers leurs déclarations depuis que Chuck Schumer et Nancy Pelosi (minority leaders respectivement au Sénat et à la Chambre des Représentants) ont rompu les négociations budgétaires avec la Maison Blanche.

La Fed multiplie les indices en faveur d’une hausse des taux en décembre

Les minutes de la réunion de politique monétaire (FOMC) des 31 octobre et 1er novembre font état de la confiance de la Fed quant à l’évolution de la situation économique, renforçant la probabilité d’une hausse des taux lors de la réunion de décembre. Les membres du FOMC anticipent que les facteurs pesant sur l’inflation vont se dissiper et entrainer un accroissement des pressions inflationnistes. La Fed s’inquiète en outre des valorisations d’actifs élevées, et des déséquilibres financiers qu’elles pourraient engendrer.

La présidente de la Fed, Janet Yellen, a indiqué lors de son audition devant le Joint Economic Committee que la croissance est observable dans l’ensemble des secteurs d’activité et a suggéré qu’une hausse des taux progressive serait appropriée. Ce point de vue est également partagé par son successeur désigné, Jerome Powell.

Janet Yellen quittera la Fed à l’issue de son mandat de présidente, Marvin Goodfriend est nommé gouverneur

Janet Yellen a annoncé sa démission de la Federal Reserve, qui prendra effet lors de la prise de fonction de Jerome Powell. Ce départ honore la tradition des présidents sortants, qui quittent la banque centrale. Bien que non reconduite à la tête de l’institution, J. Yellen aurait pu conserver son mandat de gouverneur jusqu’en 2024. Lael Brainard sera ainsi le dernier membre de la Fed nommé par B. Obama.

Donald Trump a par ailleurs nommé un nouveau gouverneur, en la personne de Marvin Goodfriend. Professeur d’économie à la Carnegie Mellon University, M. Goodfriend avait pris des positions critiques à l’égard de la politique de rachats d’actifs menée après la crise et s’était prononcé en faveur d’un contrôle plus étroit du Congrès sur la Fed. Il est le troisième responsable de la Fed nommé par l’administration Trump, après J. Powell à la présidence et R. Quarles au poste de vice-président en charge de la supervision. Sa nomination doit désormais être confirmée par le Sénat, à la majorité simple.

Jerome Powell a été auditionné par le Sénat

Jerome Powell s’est inscrit dans la lignée de J. Yellen en matière de politique monétaire lors de son audition de confirmation devant le comité bancaire du Sénat, le 28 novembre. Il a notamment plaidé pour une augmentation graduelle des taux d’intérêt et pour la poursuite de la réduction du bilan de la Fed, qui devait être compris « entre 2 500 et 3 000 Mds USD » à l’issue du processus.

En matière de régulation financière, J. Powell a salué le bilan positif des règles mises en place depuis la crise qui avaient permis de traiter le problème du « too big to fail » aux Etats-Unis. Il s’est également prononcé en faveur d’un recalibrage des règles pour les banques petites et moyennes, citant par exemple un possible allégement de la règle Volcker.


REGULATION FINANCIERE

Le Treasury propose de revoir la méthode de désignation des entités systémiques non bancaires

Le Treasury a publié un rapport sur le dispositif de désignation des acteurs systémiques non-bancaires. Il fait suite à la commande présidentielle d’avril visant à réformer le cadre de désignation mis en place par le Dodd-Frank Act et placé sous l’autorité du Financial Stability Oversight Council (FSOC).

Le rapport traite séparément les entités financières non bancaires (principalement assureurs) et les infrastructures de marché (chambres de compensation), dont les règles de désignation sont distinctes.

Soulignant qu’une désignation est génératrice de coûts pour l’entité concernée et d’aléa moral pour le système financier, le Treasury suggère plusieurs changements dans la méthodologie, parmi lesquels : une approche du risque systémique fondée sur les activités ou les produits; l’introduction d’analyses coûts/bénéfices dans chaque projet de désignation ; le relèvement du seuil de 50 Mds USD d’actifs consolidés à partir duquel le risque systémique d’une entité non bancaire doit être apprécié ; la mise en place systématique d’une feuille de route de « dé-désignation » ; ou encore une meilleure coordination entre régulateurs. La publication du rapport avait été précédée d’une consultation publique.

Le Treasury envisage de publier les données de marché sur les bons du Trésor

A l’occasion de la conférence annuelle de la réserve fédérale de New York dédiée au marché obligataire, organisée le 27 novembre, plusieurs hauts responsables américains se sont exprimés sur l’opportunité de rendre publiques les données collectées par les régulateurs relatives au marché des bons du Trésor américains.

Le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a indiqué qu’une publication des données collectées par le système TRACE état envisageable, tout en précisant qu’il convenait préalablement d’en évaluer tous les impacts. Le président démissionnaire de la Fed de New York, William Dudley, a appelé de ses vœux une telle publication.

Pour mémoire, l’outil de collecte TRACE, développé par la FINRA, l’association des courtiers américains, recense, depuis juillet 2017, l’ensemble des transactions opérées sur le marché des bons du Trésor américains par ses affiliés.

Le traitement prudentiel allégé de certaines catégories d’actifs est prorogé pour les petites et moyennes banques

Dans une décision conjointe publiée le 21 novembre, la Fed, la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) et l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) ont prolongé le traitement transitoire de certaines catégories d’actifs. Cette décision vise à maintenir, après le 1er janvier 2018, le traitement prudentiel allégé dont bénéficient les petites et moyennes banques pour des actifs tels que les services hypothécaires, les impôts différés et les intérêts minoritaires.

Ces dispositions ne s’appliquent pas aux établissements bancaires assujettis aux standards prudentiels avancés (advanced approach, i.e. disposant de plus de 250 Mds USD d’actifs ou de plus de 10 Mds USD d’exposition étrangère).


BREVES

– La FDIC a publié les résultats trimestriels agrégés des entités financières qui lui sont affiliées. Au T3 2017, le résultat net a atteint 47,9 Mds USD, en hausse de 5,2% par rapport au T3 2016. Les petites banques (community banks) ont notamment vu leurs profits croitre de 9,4%. Le directeur de la FDIC, M. Gruenberg, s’est toutefois inquiété de la persistance d’un environnement de taux défavorable.

– Le Congressional Budget Office a indiqué que le Treasury serait en situation de défaut de paiement fin mars ou débat avril en l’absence de relèvement du plafond de dette. Le Congrès n’envisage pas d’examiner de mesure en ce sens d’ici 2018.

– Le Département du Travail a annoncé le report pour 18 mois de la mise en place d’une partie de la règle fiduciaire (Fiduciary Rule), qui vise à renforcer les standards de distribution des produits de retraite. Celle-ci entrerait pleinement en vigueur le 1er juillet 2019.

– Les sénateurs démocrates Bernie Sanders et Elizabeth Warren, ont déposé un projet de loi visant à fournir une aide de 146 Mds USD à Porto Rico et aux Iles Vierges américaines. Ce plan comprend notamment l’effacement de la dette portoricaine (76 Mds USD) et un soutien financier à la reconstruction des dommages provoqués par les ouragans.

– J. Otting a été intronisé à la tête de l’OCC, succédant ainsi à K. Noreika qui avait assuré l’intérim depuis la démission de Thomas Curry en mai dernier. Nommé en juin 2017, J. Otting avait été confirmé par le Sénat le 16 novembre.

– L’administration Trump a nommé Mick Mulvaney, l’actuel directeur du budget, comme directeur par intérim du bureau de protection des consommateurs de produits financiers (CFPB). Cette nomination a été contestée en justice par Leandra English, qui avait été choisie à cette même fonction par le précédent directeur du CFPB, Richard Cordray.

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