Washington Wall Street Watch 2017-36

Washington Wall Street Watch 2017-36

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

–           Le revenu des ménages et la consommation progressent mais l’inflation continue de décevoir

Politiques macroéconomiques

–           Donald Trump a rencontré plusieurs candidats potentiels à la présidence de la Fed

–           Les deux chambres du Congrès élaborent la résolution budgétaire 2018

–           L’administration tempère les propos de D. Trump qui appelle à l’annulation de la dette de Porto Rico

Régulation financière

–           Le FSOC retire la désignation d’assureur systémique à AIG

–           La SEC donne des précisions sur la cyber-intrusion dont elle a été victime

–           Le superviseur de Fannie Mae et Freddie Mac alerte une nouvelle fois le Congrès sur la soutenabilité du marché immobilier américain

Brèves


CONJONCTURE

Le revenu des ménages et la consommation progressent mais l’inflation de déçoit encore

Le revenu des ménages est en hausse de 0,2 % en août (après +0,3 % en juillet) selon le rapport du Bureau of Economic Analysis, tandis que le revenu disponible augmente de +0,1 %. La consommation progresse, elle, de +0,1 % (contre +0,3 % en août). Le BEA indique que l’ouragan Harvey a affaibli les chiffres du revenu et de la consommation, tout en précisant qu’il est difficile à ce stade de distinguer ce qui relève de l’évolution conjoncturelle et du choc.

L’inflation PCE, indicateur de prix utilisé par la Fed, s’établit à +0,2 % pour l’indice global et +0,1 % pour l’indice sous-jacent (après +0,1 % pour les deux indices). Sur douze mois, la hausse des prix ressort à +1,4 % en global et +1,3 % en sous-jacent (après +1,4 % pour les deux indices), soit nettement en deçà de la cible de 2% de la Fed.


POLITIQUES MACROECONOMIQUES

Donald Trump a rencontré plusieurs candidats à la présidence de la Fed

La fin du mandat de présidente de J. Yellen en février 2018 donne à D. Trump l’opportunité de nommer un nouveau président à la Fed. Cette nomination s’ajoute en outre à celles attendues aux 3 sièges à pourvoir au conseil des gouverneurs.

La semaine dernière, le président a rencontré quatre candidats potentiels : K. Warsh (ancien gouverneur de la Fed entre 2006 et 2011), J. Powell (gouverneur de la Fed), G. Cohn (directeur du National Economic Council) et enfin J. Yellen. Selon la presse, K. Warsh et J. Powell seraient favoris pour succéder à Janet Yellen, ces deux candidats étant affiliés au parti Républicain. Une décision est attendue dans les prochaines semaines – la nomination du président de la Fed ou de tout nouveau gouverneur nécessite une confirmation par le Sénat.

Les deux chambres du Congrès élaborent la résolution budgétaire 2018

La résolution budgétaire est le texte budgétaire qui répartit les enveloppes entre douze grandes catégories de programmes discrétionnaires et constitue la première étape du processus budgétaire. Elle n’est qu’un point d’entrée dans le processus budgétaire. Elle comporte cependant des instructions pour la procédure de « réconciliation », qui sera utilisée pour voter la réforme fiscale.

La Chambre a adopté (219-206) une résolution intégrant (i) une augmentation des dépenses de défense au-delà des plafonds (spending caps) fixés par l’accord Obama-Boehner de 2015 et (ii) des réductions de dépenses sociales significatives, avec pour objectif de financer des baisses d’impôts dans le cadre de la réforme fiscale. A l’inverse, le projet présenté par les Républicains du Sénat ne reprend pas ces propositions et limite à 1 500 Mds l’enveloppe dédiée à la réforme fiscale.

La résolution budgétaire doit être votée dans des termes identiques et à la majorité simple par les deux chambres. Si le projet du Sénat doit encore être amendé par son comité budgétaire, ces différences laissent envisager des négociations difficiles au sein de la majorité Républicaine et entre les leaders du Sénat et de la Chambre. La résolution budgétaire n’est pas soumise à l’approbation du président.

Trump annonce vouloir « effacer la dette » de Porto Rico avant que son Administration ne tempère ses propos

Lors de son voyage sur l’île de Porto Rico pour venir en aide aux populations démunies après le passage de l’ouragan Maria, Donald Trump a annoncé vouloir « effacer la dette » (wipe-out) de Porto Rico. Le gouvernement de Porto Rico est engagé depuis mai dans une procédure de restructuration de sa dette de 74 Mds USD, auxquels s’ajoutent 49 Mds d’engagements implicites liés au paiement des retraites.

Mick Mulvaney (directeur de l’Office of Management and Budget) a tenté de rectifier la communication du président en indiquant qu’il ne fallait pas interpréter ce discours « au pied de la lettre » (word-for-word) et que D. Trump souhaitait résoudre la situation financière difficile de Porto Rico. En outre, la Maison Blanche ne dispose pas de l’autorité nécessaire pour effacer la dette de Porto Rico. Cette déclaration a cependant entraîné une baisse importante du prix des obligations portoricaine sur les marchés (près de -30 % sur les obligations à échéances 2038).


REGULATION FINANCIERE

Le FSOC retire la désignation d’assureur systémique à AIG

Le Financial Stability Oversight Council (FSOC) s’est réuni vendredi 29 septembre – une semaine après une première réunion consacrée à cette question – et a officialisé, après la clôture des marchés, la dé-désignation d’AIG en tant qu’assureur systémique. Cette dé-désignation fait sortir AIG du giron de supervision de la FED. Désormais le seul assureur désigné comme « systémique » est Prudential, MetLife étant toujours en appel pour sa désignation.

Le vote s’est tenu à huis clos avec 6 voix en faveur de la dé-désignation contre 3. Jay Clayton, Président de la Securities and Exchange Commission (SEC), n’a pas participé au vote, car il a travaillé pour le cabinet d’avocats Sullivan & Cromwell, dont AIG est client. Tous les votes contre la dé-désignation sont issus de membres du FSOC qui avaient été nommés par l’Administration Obama. Parmi les votes en faveur de la dé-désignation, il est à noter que figurent J. Yellen et R. Woodall, également nommés par l’Administration Obama. Tous les membres nommés par l’Administration Trump ont, eux, voté en faveur de la dé-désignation.

AIG avait opéré depuis la crise une politique volontariste de réduction de ses activités. L’assureur détient aujourd’hui environ la moitié du montant d’actifs qu’il détenait en 2007 (500 Mds USD contre 1 048 Mds USD). Cette réduction a été permise par la cession d’une douzaine de divisions, l’une des plus récentes (datant d’août 2016) étant la vente pour 3,4 Mds USD de la division de garantie de crédits hypothécaires. Le Secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, s’est félicité du résultat du vote (« This action demonstrates our commitment to act decisively to remove any designation if a company does not pose a threat to financial stability »).

La SEC donne des précisions sur la cyber-intrusion dont elle a été victime

La Securities and Exchange Commission (SEC) a publié de nouvelles informations concernant la brèche informatique de 2016 dans son système de stockage de données, Edgar, exploitée par des hackers (voir WWSW n°34). Les pirates auraient notamment eu accès aux noms, dates de naissance et numéros de sécurité sociale de deux individus, à qui la SEC a offert une protection contre le vol d’identité.

La SEC a fait savoir que l’institution développerait un plan d’action centré sur 5 points : (i) la revue de l’intrusion de 2016 dans le système Edgar ; (ii) la revue des potentiels délits d’initié survenus à cause de cette brèche informatique ; (iii) une mise à jour complète du système Edgar ; (iv) une revue plus générale du profil de cyber-risque de la SEC et enfin (v) une revue interne des procédures ayant suivi la révélation de la cyber-intrusion.

Entendu par le comité des services financiers de la Chambre des Représentants, le Président de la SEC, Jay Clayton, a fait savoir qu’il avait désormais des doutes sur la viabilité des sécurités informatiques du système Consolidated Audit Trail (CAT). Ce système, en projet de depuis plusieurs années, développé par la Financial Industry Regulatory Authority (Finra) est chargé de regrouper les informations de cotation et d’échange de tous les actifs financiers sur tous les marchés financiers. Le Président du comité, Jeb Hensarling (R- Texas), a demandé officiellement un délai supplémentaire pour la mise en place de ce système, afin d’évaluer le risque de cyber-attaque. J. Clayton avait déjà fait savoir qu’il souhaitait reporter la mise en place du CAT, mais demandait aux agences d’auto-régulation du secteur (Self-regulatory organization) dont Finra, de se tenir prêtes au lancement du CAT. La base de données devait commencer à être alimentée le mois prochain par la Finra.

Le superviseur de Fannie Mae et Freddie Mac alerte une nouvelle fois le Congrès sur la soutenabilité du marché immobilier américain

Lors d’une audition parlementaire le 3 octobre, le directeur de l’agence fédérale du financement immobilier (FHFA), M. Watt a invité le Congrès à engager une réforme en profondeur du marché immobilier aux Etats-Unis, dont le modèle économique actuel n’était, selon lui, pas soutenable. En 2016, Fannie Mae et Freddie Mac ont financé respectivement 581 Mds et 393 Mds USD de prêts hypothécaires aux ménages américains.\

Watt a notamment évoqué les difficultés de trésorerie rencontrées par Fannie Mae et Freddie Mac, les deux entreprises parapubliques (Government-sponsored enterprises) dont il assure la tutelle. Il a ainsi révélé que des discussions étaient en cours avec le Treasury pour l’octroi d’une facilité de trésorerie qui permettrait aux GSEs de reconstituer un coussin d’ici la fin de l’année. M. Watt a plaidé pour doter les GSEs d’un coussin de liquidités pérenne, qui ne devait toutefois pas dépendre de fonds publics. Lors de son audition, M. Watt s’est par ailleurs félicité de l’assainissement du bilan des deux GSEs, caractérisé selon lui par la quasi-disparition des défauts qu’elles portaient à leur bilan (« close to nothing »).


BREVES

-Le Trésor a publié un rapport proposant un ensemble de mesures visant à « alléger la contrainte fiscale ». L’une des propositions porte sur le traitement des transferts de propriété entre les entreprises américaines et étrangères et doit permettre de limiter le phénomène d’inversion (transfert des bénéfices vers une filiale basée à l’étranger) qui permet aux entreprises d’échapper à la fiscalité américaine.

-Le Council of Economic Advisors a publié lundi 2 octobre un rapport intitulé « The Growth Potential of Deregulation », qui défend l’idée qu’une régulation excessive de l’économie depuis 1980 aurait coûté aux Etats-Unis 0,8% de croissance par an.

-Le Sénat a confirmé la nomination par D. Trump de Randal Quarles comme gouverneur de la Fed et vice-président en charge de la supervision bancaire. C’est la première fois que cette fonction est officiellement occupée, depuis sa création par le Dodd-Frank Act en 2010.

-L’ancien PDG d’Equifax, Richard Smith, a été auditionné à plusieurs reprises par le Congrès au cours des deux dernières semaines concernant le vol massif de données de l’agence de scores de crédit.

-J. Powell, gouverneur de la Fed, a livré sa vision de la réglementation bancaire à l’occasion d’une conférence à Washington. Selon lui, le niveau de fonds propres des banques américaines est aujourd’hui satisfaisant. S’il a réaffirmé le soutien de la Fed à la mise en œuvre de standards internationaux en matière prudentielle, notamment via la finalisation des travaux du Comité de Bâle, J. Powell a aussi plaidé pour un allègement dans l’application du ratio de levier supplémentaire (SLR) par les grandes banques systémiques américaines. Il s’est également prononcé en faveur d’une application plus souple de la règle Volcker.

-Lors de cette même conférence, Christopher Giancarlo, président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) – le régulateur des produits dérivés et des marchés à terme – a regretté que le FSOC se soit trop focalisé sur le contrôle prudentiel des institutions non bancaires et qu’il n’ait pas suffisamment traité le risque d’une crise de liquidité ».

-La première plainte pour des Initial Coin Offerings (ICOs) a été déposée par la SEC contre deux entreprises (RECoin et Diamond Reserve Club, respectivement censées investir dans le marché immobilier et le marché du diamant). Aucune des entreprises n’aurait eu de réelles opérations, selon la SEC qui les attaque au titre de la vente illégale de titres financiers.

-Goldman Sachs en la personne de son PDG, Lloyd Blankfein, a fait savoir que la banque considérait actuellement la possibilité de créer une division trading de bitcoins en réponse à l’intérêt croissant des clients.

-Le Département de la Justice (DoJ) a donné son feu vert à la mise en place d’un système de paiement en temps réel développé par un consortium de banques et de la Clearing House. Le projet, commencé en 2014, avait été scruté par une revue antitrust du DoJ.

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