Situation macroéconomique des Etats-Unis (décembre 2016)

Situation macroéconomique des Etats-Unis (décembre 2016)

Crédit photo : Pixabay

L’économie américaine croît à un rythme relativement solide et se rapproche du plein-emploi. Dans ce contexte, la Réserve Fédérale a amorcé une phase de remontée des taux qui pourrait s’accélérer en 2017, en particulier si le programme de relance budgétaire du Président-élu était mis en œuvre. Néanmoins, les fortes incertitudes sur les réformes à venir rendent les projections économiques peu sûres à ce stade.

  1. En dépit de facteurs extérieurs pénalisants, l’activité américaine reste solide, l’emploi progresse et les salaires sont plus dynamiques. La faiblesse de l’activité dans de nombreux pays développés et la forte appréciation du dollar ont longtemps pénalisé l’économie américaine (les exportations se sont repliées du T3 2015 au T1 2016 et ont récemment repris une tendance plus dynamique au troisième trimestre 2016 avec une hausse supérieure à 2 %). La consommation est néanmoins restée solide, soutenue par la baisse des prix du pétrole et l’amélioration du marché du travail. Les créations d’emplois demeurent robustes mais augmentent à un rythme moins soutenu qu’en 2015 (en moyenne l’économie américaine a créé 180 000 postes par mois depuis le début de l’année 2016, après 220 000 en 2015) et le taux de chômage s’est récemment replié à 4,6 %, soit le niveau le plus faible atteint depuis 2007. Il se situerait actuellement en-dessous du taux de chômage d’équilibre (qui est estimé autour de 4,8 % par la Réserve Fédérale). La croissance au premier semestre était modeste (+0,8 % au T1 et +1,1 % au T2 en rythme annualisé, après une croissance annuelle de 2,6 % en 2015), mais est anticipée à la hausse au second semestre (déjà, elle s’est établie à 3,2 % au T3 en rythme annualisé). Dans ce contexte, les salaires progressent (+2,4 % en novembre, en glissement annuel) et l’inflation sous-jacente se rapproche progressivement de la cible de la Fed (à 1,7 % en octobre, elle devrait graduellement converger vers les 2 % ciblés par la Fed[1]). L’inflation totale progresse également (à 1,4 % en octobre), mais reste encore pénalisée par l’effet retardé de la baisse des prix du pétrole. Parallèlement, les anticipations d’inflation à long terme ont récemment rebondi mais restent faibles (l’indice d’anticipations 5 ans dans 5 ans de la Fed de St-Louis a augmenté de 0,2 point en novembre pour s’établir à 2,0 %, contre une moyenne autour de 2,4 % entre 2003 et 2013).
  2. La Fed a augmenté les taux directeurs en décembre 2016, ce qui, selon les projections économiques du comité, amorce une phase de resserrement plus rapide de la politique monétaire en 2017. Si la hausse des taux fed funds votée lors de la réunion de politique monétaire de décembre avait été anticipée par les marchés, l’attention a surtout porté sur les projections de taux des membres du comité pour 2017, celles-ci ayant été revues à la hausse, passant de 2 à 3 hausses de 0,25 pb sur l’ensemble de l’année à venir. Les débats des derniers mois se focalisaient principalement  sur les faiblesses structurelles de l’économie américaine (persistance du chômage de long terme, faiblesse des gains de productivité…) et incitaient la Fed à adopter une attitude prudente et graduelle dans la remontée des taux. Désormais, les anticipations d’une politique budgétaire plus expansionniste par la nouvelle administration alimentent celles d’une attitude plus proactive de la Fed en 2017 face aux risques de surchauffe de l’économie américaine. Interrogée à ce sujet lors de la conférence de presse suivant la réunion de décembre, Janet Yellen a indiqué que certains membres du comité en avaient tenu compte dans leurs projections mais que les changements conséquents étaient très faibles. Elle a souligné qu’il était trop tôt pour prévoir l’impact de changements dans la politique budgétaire sur l’économie. Néanmoins, la réaction des marchés financiers depuis l’élection de D. Trump montre que l’impact potentiellement inflationniste de cette politique a, dans une certaine mesure, commencé à être internalisé par les investisseurs. En effet, depuis les élections, les marchés actions ont rebondi (le S&P 500 gagnant près de 5 %), les taux ont augmenté (les taux 2 ans et 10 ans gagnant près de 40 et 50 pb respectivement) et le dollar s’est apprécié face à l’euro (de près de 5 %).
  3. La politique budgétaire mise en œuvre en 2017 devrait apporter un certain soutien à l’activité à court terme, mais de nombreuses incertitudes demeurent, rendant les projections économiques très variables. La relance budgétaire envisagée par D. Trump s’appuierait sur une hausse des dépenses d’infrastructure (estimée à environ 0,6 pt de PIB par an selon les chiffres mis en avant durant la campagne) et des dépenses militaires (env. 0,3 pt de PIB par an), ainsi que sur des baisses d’impôts massives sur les ménages et les entreprises (plus de 2 pts de PIB), qui bénéficieraient essentiellement aux ménages aisés et aux entreprises qui réalisent des bénéfices aux Etats-Unis ; une baisse non documentée des dépenses courantes est supposée financer la hausse des dépenses militaires. D’après les estimations de Goldman Sachs et Morgan Stanley, le volet « relance budgétaire » aurait un effet positif et rapide sur l’activité (entre 0,3 et 0,6 point de PIB à court terme) ainsi que sur l’inflation (quelques dixièmes de points). Le plan d’infrastructures pourrait également soutenir la productivité à moyen terme. Néanmoins, l’absence de détails sur les modalités de ces mesures ainsi que de leur financement, couplée à la probabilité non-nulle d’un blocage de certains éléments du programme par le Congrès, rend tout exercice de projection très difficile. La plupart des prévisionnistes intègrent la concrétisation de seulement une partie du programme de relance annoncé durant la campagne et inclut a minima un effet positif sur la croissance en 2017 et 2018. Au-delà, les mesures protectionnistes envisagées, aussi bien leur mise en œuvre que la réaction des partenaires commerciaux, rendent plus délicates les projections de croissance.

Un certain consensus se dégage sur le fait que d’une part, l’économie américaine est proche du plein emploi, et d’autre part, qu’elle connaîtra probablement un surcroît d’activité dès 2017 suite à la concrétisation de mesures de relance budgétaire prévues dans le programme de campagne du Président-élu. Néanmoins, les projections de croissance se caractérisent par une forte incertitude, les modalités de la mise en œuvre de ces mesures n’étant pas encore connues. La Fed pourrait réagir en accélérant sa politique de remontée des taux dès l’année prochaine, sans toutefois qu’une accélération très forte ne soit envisagée à ce stade.

[1] selon le déflateur de consommation (indice Personal Consumption Expenditure)

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