L’industrie de l’aluminium aux Etats-Unis

L’industrie de l’aluminium aux Etats-Unis

Crédit photo : Rick Kimpel

acp_pdf-2_file_documentLe secteur

L’industrie de l’aluminium aux Etats-Unis représentait 58 850 emplois en 2015 selon l’U.S. Bureau of Labor Statistics[1], tandis que l’Aluminum association[2] (AA) évalue les emplois directs dépendant du secteur aux Etats-Unis à 155 000, et les emplois indirects à 670 000. Selon l’AA, cette industrie génère 65 Mds USD de revenus par an, et son impact économique est de l’ordre de 152 Mds USD si l’on prend en compte l’ensemble des retombées économiques (sous-traitants…). Cette évaluation diffère de celle du Bureau of Economic Analysis[3] : ce dernier estime à environ 42 Mds USD le revenu global de l’industrie de l’aluminium aux Etats-Unis[4].

Le contexte

La production mondiale totale d’aluminium (primaire et secondaire) a crû de 16% entre 2014 et 2015. Selon l’US Geological Survey[5], cette augmentation s’explique principalement par la construction de nouvelles capacités en Chine au cours des dernières années. En effet, la production d’aluminium des fonderies chinoises (cf annexe 1) est passée de 24 MT en 2014 à 32 M en 2015, soit 55% de la production mondiale (58 MT en 2015).

Cette augmentation continue de la production a mené à une saturation du marché et à une chute des prix. De nombreuses fonderies ont fermé aux Etats-Unis : alors qu’en 2015 trois entreprises (Alcoa Inc., Century Aluminum et Noranda Aluminum Inc.) géraient huit fonderies d’aluminium primaire dans six Etats (Indiana, Kentucky, Washington, Missouri, Caroline du Sud et New York), il ne reste que cinq fonderies actives en mars 2016, dont la production s’établit bien en-deçà de leurs capacités[6].

Les risques

L’US Geological Survey estime qu’entre 2011 et 2015 la dépendance des Etats-Unis à l’aluminium importé est passée de 3% de leur consommation à 40%. Selon le lobby des industriels américains de l’aluminium, les imports de produits en aluminium semi-transformé chinois ont augmenté de 181% entre 2012 et 2015. Dès 2011 l’administration américaine a considéré que les exportations chinoises d’aluminium se faisaient à prix de dumping et imposé des droits compensatoires oscillant entre 170% et 400% sur l’aluminium extrudé.

Les industriels américains accusent leurs homologues chinois de contourner les mesures antidumping en vigueur sur l’aluminium « primaire » en exportant de l’aluminium transformé ou semi-transformé qui est ensuite fondu dans un pays tiers (cf. annexe 3) pour être exporté aux Etats-Unis sous forme de lingots.

En 2005, la Chine a instauré une taxe sur les exports d’aluminium primaire de 15%, afin d’éviter qu’une industrie très polluante et consommatrice en énergie ne se développe trop rapidement et que ses producteurs n’inondent le marché mondial. Cependant, le gouvernement chinois offre un dégrèvement de TVA de 13% pour les exports de produits en aluminium transformé. Certains exportateurs transforment leur aluminium afin d’éviter de payer la taxe et de bénéficier du dégrèvement, pour ensuite le refondre. La refonte a lieu dans des pays comme le Vietnam, la Malaisie et le Mexique, ce qui permet de modifier le pays d’origine de l’aluminium et d’éviter les mesures antidumping américaines.

Les exports d’aluminium chinois semi-transformé ont ralenti lors des premiers mois de 2016, mais contribuent toujours largement au surplus mondial. De plus, les pays du Golfe augmentent leur production de ce métal, alors même que le prix de la tonne dépasse à peine les 1432$ (point le plus bas depuis 6 ans atteint en Novembre 2015 – cf annexe 2). Les producteurs américains sont d’autant plus affectés par la chute des prix que le dollar est fort.

L’AA insiste également sur l’impact environnemental de la surproduction chinoise, les fonderies chinoises étant très consommatrices de charbon.

Les recours

Le secteur de l’aluminium a fait appel à l’US Trade Representative et à l’U.S. International Trade Commission pour qu’ils lancent une enquête anti-contournement sur l’aluminium primaire.

En octobre 2015, l’U.S. Aluminum Extruders Council (AEC) a déposé une requête auprès du Department of Commerce afin que ce dernier détermine si les palettes et les alliages d’aluminium sont soumis aux droits antidumping instaurés par les Etats-Unis en 2011. Le périmètre d’application des droits antidumping (AD) et des mesures compensatoires (countervailing duties) adoptés en 2011, pose question car elles ne s’appliquent qu’à un nombre limité de produits (produits extrudés en aluminium). Ce recours vise notamment le chinois Zhongwang, deuxième producteur mondial.

L’International Trade Commission, après avoir plusieurs fois repoussé la publication de sa réponse à la requête de l’AEC, a décidé en février 2016 d’ouvrir une procédure pour déterminer si les industriels chinois ont contourné les mesures antidumping et compensatoires en place.

Les réactions

Les producteurs américains d’aluminium estiment que la très forte croissance de la production chinoise de ce métal s’explique en partie par des subventions gouvernementales. Century Aluminum, qui est particulièrement affectée par la crise de l’aluminium, a créé la « China Trade Task Force », une organisation dont l’objectif est de convaincre les pouvoirs publics américains de prendre des mesures contre les importations d’aluminium chinois. Par ailleurs, les industriels américains de l’aluminium ont rejoint les aciéristes et les industriels du textile dans leur opposition à l’octroi à la Chine du statut d’économie de marché.

L’United Steelworkers (USW), le plus grand syndicat industriel en Amérique du Nord avec 850 000 membres, soutient l’Aluminum association dans ses efforts pour mettre en place des mesures visant à contrer la concurrence – supposée – déloyale des importations d’aluminium chinois.

Au-delà de l’enquête ouverte par l’ITC, l’intervention de l’administration reste mesurée.

La surproduction chinoise d’aluminium a été évoquée lors de la Commission américano-chinoise sur le commerce (US-China Joint Commission on Commerce and Trade) qui s’est tenue en novembre 2015 : les Etats-Unis ont fait part de leurs inquiétudes quant à la surproduction mondiale d’aluminium et à l’importante chute des prix qui en a résulté, les deux Etats se sont engagés à intensifier leurs discussions sur ce sujet en 2016.

[1] Le Bureau of Labor Statistics est un institut public de statistiques sur l’économie du travail.

[2] Il s’agit de l’association des industriels de l’aluminium, très liée à Alcoa Inc, le premier producteur américain.

[3] Le Bureau of Economic Analysis est un institut public de statistiques économiques, qui remplit des missions équivalentes à celles de l’Insee.

[4] 6,6 Mds pour l’aluminium primaire, 6,7 Mds pour l’aluminium secondaire (recyclé) et 28,7 Mds pour l’aluminium transformé.

[5]L’U.S. Geological Survey est une agence fédérale chargée de réaliser des études géologiques (ressources naturelles minérales, risque sismique…). Il s’agit de l’équivalent américain du Bureau de recherches géologiques et minières français.

[6] Alcoa a fermé une fonderie fin mars 2016 dans le comté de Warrick dans l’Indiana, licenciant 300 personnes. La production dans son usine de Ferndale dans l’Etat de Washington a complètement cessé en janvier 2016, entraînant le licenciement de 465 employés.  Noranda a dû mettre fin à l’activité de son usine à New Madrid dans le Missouri, l’entreprise s’étant déclaré en faillite. Century Aluminum a mis une partie de ses employés au chômage technique (Kentucky, Caroline du Sud).

 

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