Flash Technologies et Innovation n°2017-8

Flash Technologies et Innovation n°2017-8

Crédit photo : Javier Morales

SOMMAIRE

Régulation et Gouvernance

Le COVFEFE Act introduit à la Chambre des Représentants veut archiver les tweets de D. Trump

– D. Trump a proposé de reconduire Jessica Rosenworcel au sein de la Federal Communication Commission (FCC)

– Un groupe bipartisan de sénateurs préparent un texte de loi visant à accélérer le déploiement des véhicules autonomes

– D. Trump a convié la première réunion de l’American Technology Council avec des PDG du secteur tech

Entreprises

– Verizon a finalisé son rachat de Yahoo pour un montant de 4,48 milliards USD

– Amazon a racheté Whole Food pour un montant de 13,7 milliards USD

– Travis Kalanick, PDG de Uber, démissionne sous la pression de plusieurs investisseurs

Relais d’opinion

– Le Washington Post revient sur la dynamique institutionnelle qui a conduit à la suppression des Privacy Rules

– Critiqués pour leur action jugée insuffisante contre la propagande terroriste, les géants du net donnent des gages


REGULATION ET GOUVERNANCE

Le COVFEFE Act introduit à la Chambre des Représentants veut préciser le statut juridique des tweets du président Trump

Mike Quigley, représentant démocrate de l’Illinois, a introduit une proposition de loi au Congrès afin de considérer l’ensemble des publications du président Trump émises sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter (@POTUS, @realDonaldTrump) comme des déclarations officielles et donc de les doter d’un statut juridique. Les Archives Nationales procèdent déjà à l’enregistrement des tweets présidentiels, mais le Communications Over Various Feeds Electronically for Engagement (COVFEFE) Act viendrait préciser le Presidential Records Act de 1978 en ajoutant les « réseaux sociaux » dans la liste des communications à documenter. Si le texte est adopté, il rendrait illégal la suppression de tweets – y compris en cas de fautes d’orthographe ou de coquilles. Cette pratique du président avait inquiété plusieurs représentants, dont le républicain Jason Chaffetz et le démocrate Elijah Cummings qui avaient adressé une lettre à la Maison Blanche en mars 2017. L’initiative du M. Quigley fait d’ailleurs référence – avec ironie – à la suppression d’un tweet, publié le 31 mai dernier dans lequel D. Trump déclarait : « Despite the constant negative press covfefe. »

Donald Trump a proposé de reconduire Jessica Rosenworcel au sein de la Federal Communication Commission (FCC)

Le président Trump a proposé la nomination de la démocrate Jessica Rosenworcel en tant que membre de la Federal Communications Commission (FCC). J. Rosenworcel siégeait déjà à la FCC mais son mandat avait expiré en janvier 2017 tandis que la demande de renouvèlement, formulée par Barack Obama à quelques jours de son départ, n’avait pas été suivie d’un vote au Sénat. D. Trump a plusieurs fois reporté son choix en dépit du fait que J. Rosenworcel avait le soutien des sénateurs démocrates. Le président devait choisir un commissaire démocrate afin de respecter la composition bipartisane de la FCC, à présent composée de deux démocrates et deux républicains. D. Trump doit encore faire une nomination au sein de la FCC et devrait rapidement proposer le nom d’un commissaire républicain afin de ne pas paralyser l’agence sur des questions sujettes au clivage partisan, comme la protection des données personnelles ou la neutralité du net.

Un groupe bipartisan de sénateurs prépare un texte de loi visant à accélérer le déploiement des véhicules autonomes

L’initiative est portée par le républicain John Thune et les démocrates Bill Nelson et Gary Peters. Le texte, attendu cet été, répondra en priorité aux questions de sûreté et de cybersécurité tout en actualisant les législations en vigueur. Selon les sénateurs, les lois actuelles ont été pensées pour l’industrie automobile traditionnelle et contiennent des contraintes règlementaires inadaptées aux véhicules autonomes. Par exemple, les standards actuels exigent la présence d’un volant et de pédales, qui ne sont plus nécessaires dans un véhicule autonome. Les entreprises qui souhaitent s’affranchir de cette obligation doivent faire une demande d’exemption aux autorités fédérales qui ne peuvent en délivrer que 2 500 par an, ce qui est insuffisant juge les deux sénateurs. Enfin, ils souhaitent également préciser et clarifier le rôle de l’Etat fédéral et des Etats fédérés.

Trump a convié la première réunion de l’American Technology Council où étaient présents des dirigeants de la tech

Organisée le 19 juin 2017, cette rencontre a permis au président Trump d’inciter les PDG des grandes entreprises tech à contribuer à son projet de modernisation des infrastructures et services numériques du gouvernement fédéral, en la présence  notable des dirigeants de Amazon, Apple, Oracle, Safra, Intel, IBM, … La rencontre a aussi été l’occasion pour ces entreprises de développer leurs arguments en faveur d’une politique migratoire qui ne complique pas l’embauche de talents étrangers. Deux jours après cette rencontre, D. Trump s’est déplacé dans l’Iowa pour mettre en avant le besoin d’accélérer les infrastructures en très haut débit pour les zones rurales ainsi que les technologies de modernisation de l’agriculture comme les tracteurs autonomes.


ENTREPRISES

Verizon a finalisé son rachat de Yahoo pour un montant de 4,48 milliards USD, entraînant le départ de Melissa Mayer

L’entreprise de télécommunications a annoncé, le 13 juin 2017, le rachat de Yahoo, après avoir obtenu le feu vert des actionnaires une semaine auparavant. Cette annonce met fin à près d’un an de négociations perturbées par des attaques informatiques visant les données personnelles des utilisateurs de Yahoo, ce qui avait permis à Verizon d’obtenir un rabais de 350 millions USD sur sa première offre. Avec cette opération, Verizon réalise une seconde acquisition majeure, après la prise de contrôle d’AOL survenue en 2015 pour 4,4 milliards USD. La plupart des produits Yahoo seront transférés dans une nouvelle entité créée pour l’occasion, Oath, qui inclue notamment HuffPost, Yahoo Sports, AOL.com, MAKERS, Tumblr, BUILD Studios, Yahoo Finance, et Yahoo Mail. Les quelques activités non-acquises seront regroupés dans une nouvelle entreprise, Altaba, qui inclura Yahoo Japan et gèrera les participations dans Alibaba. Après 5 ans à la tête du groupe, la directrice générale de Yahoo, Melissa Mayer, a quitté ses fonctions avec une indemnité de 23 millions USD.

Amazon a racheté Whole Food pour un montant de 13,7 milliards USD afin de concurrencer Wal-Mart

Le géant du commerce en ligne devrait finaliser cette opération dans les prochains mois. Whole Food est une chaîne de grande distribution spécialisée dans l’alimentation biologique, qui détient 460 magasins répartis sur le territoire américain et une part de marché estimée à 22% sur ce segment. Le communiqué d’Amazon précise que Whole Food garderait  son actuel directeur général et son siège social à Austin, sans changement de l’image de marque de l’enseigne, qui jouit d’une bonne réputation aux Etats-Unis. Les observateurs s’attendent toutefois à un fléchissement de la politique commerciale de Whole Food qui se traduirait par une baisse du prix des produits afin d’attirer davantage de clients, notamment ceux qui privilégient Wal-Mart. L’acquisition est en effet interprétée comme la volonté de concurrencer le numéro un mondial, qui dispose de 4 700 magasins, permettant à l’enseigne d’être à moins de 15 kilomètres de 90% de la population américaine. D’autres observateurs s’interrogent sur le sort des employés de Whole Food à moyen terme alors qu’Amazon développe des commerces de proximité équipés de technologies de paiement automatisé qui permettent d’éviter le passage physique à la caisse.

Travis Kalanick, PDG de Uber, démissionne sous la pression de plusieurs investisseurs et à la suite de plusieurs crises

Alors que le conseil d’administration de Uber avait obtenu que le PDG de Uber prenne un congé sabbatique à durée indéterminée, plusieurs investisseurs (Benchmark, First Round Capital, Lowercase Capital, Menlo Ventures et Fidelity Investments) ont finalement obtenu la démission de Travis Kalanick qui conserve un rôle au conseil d’administration. Ce retrait s’inscrit dans le sillage du rapport de l’ancien procureur général, Eric H. Holder, qui avait été mandaté par Uber afin d’émettre des solutions de sortie de crise. Parmi les pistes d’amélioration – toutes plébiscitées par le comité de direction – E. Holder suggérait notamment de limiter et répartir le pouvoir du directeur exécutif, d’établir une évaluation des managers sur des critères harmonisés, d’initier un travail de reformulation des valeurs et de la culture d’entreprise en insistant sur les notions de diversité et d’inclusion, accompagner de formations de sensibilisation de l’ensemble des collaborateurs.

Ce retrait de T. Kalanick intervient également après le licenciement de plus d’une vingtaine de collaborateurs impliqués dans des affaires de harcèlement. Emil Michael, bras droit de T. Kalanick, a notamment été contraint  au départ car il était associé à une énième révélation sur des pratiques jugées sexistes. La gouvernance de Uber est désormais confiée à une direction collégiale de quatorze personnes qui auront pour mission de renouveler la culture de l’entreprise en profondeur afin de mettre fin à un feuilleton qui a sensiblement affecté l’image de l’entreprise et entraîné une série de départs depuis février 2017.


RELAIS D’OPINION

Le Washington Post revient sur la dynamique institutionnelle qui a conduit à la suppression des Privacy Rules

Dans son édition du 12 juin 2017, le journal a consacré une pleine page à l’abrogation des Privacy Rules par le Congrès en mars dernier. Adoptées par la Federal Communications Commission (FCC) en octobre 2016, ces règles devaient contraindre les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) à demander l’autorisation des consommateurs pour transférer, utiliser et revendre leurs données de navigation internet à des parties tierces, notamment pour effectuer de la publicité ciblée. La journaliste Kimberly Kindy explique que le vote, qui a divisé démocrates et républicains, est l’aboutissement d’une intense opération de lobbying impliquant FAI, géants du net et entreprises de publicité. K. Kindy explique que, peu après l’élection de D. Trump, des associations professionnelles financées par des FAI ont sollicité le sénateur républicain Jeff Flake et la représentante républicaine Marsha Blackburn afin de mobiliser le Congrès et activer le Congressional Review Act qui permet d’abroger les réglementations adoptées au cours des six derniers mois par les agences fédérales. Dès janvier, des entreprises publicitaires et des entreprises de la tech comme Facebook et Google auraient rejoint les FAI afin de contrecarrer une éventuelle extension de ces règles. Ce faisant, continue la journaliste, on comptait 50 lobbyistes d’entreprises au Congrès pour un représentant des associations de consommateurs. Par ailleurs, J. Flake et M. Blackburn auraient reçu un peu plus de 22 000 USD de dons de la part des associations professionnelles qui auraient également donné entre 2 000 et 4 000 USD aux sénateurs et représentants soutenant leur démarche. A contrario, les défenseurs des Privacy Rules se sont faiblement mobilisés avant le vote. D’après la journaliste, la capacité d’alliance des entreprises tech avec celles des télécoms a été sous-estimée et l’absence de vote en début d’année laissait penser que le Congrès n’était pas prêt à aborder à ce sujet. Les entreprises ont continué leur lobbying, ce qui a abouti à la programmation d’un vote au Sénat le 22 mars. Ce n’est qu’à ce moment que l’American Civil Liberties Union a lancé une pétition qui a recueilli 100 000 signatures à quelques heures du vote, et ce n’est seulement qu’après l’abrogation par le Sénat que les médias se sont saisis du sujet, entraînant plus de 20 000 réclamations téléphoniques de la part des électeurs. A mesure que le débat s’amplifiait, plusieurs républicains de la Chambres des Représentants se sont dits hésitants à voter l’abrogation, mais les initiateurs ont précipité le vote et obtenu un communiqué de la Maison Blanche soutenant le projet, ce qui a finalement permis à la loi de passer le 28 mars 2017.

Critiqués pour leur action jugée insuffisante contre la propagande terroriste, les géants du net donnent des gages

Le 10 juin 2017, l’hebdomadaire The Economist a fait sa Une sur la responsabilité des entreprises tech dans la propagation de l’idéologie djihadiste suite aux accusations de passivité de la part de responsables politiques. Le journal explique qu’Internet est désormais considéré comme le vecteur de radicalisation le plus accessible et efficace. Récemment, à la suite des récents attentats à Londres, la cheffe du gouvernement britannique, Theresa May, a accusé les réseaux sociaux et les messageries chiffrées de constituer des espaces sûrs pour les terroristes. D’après The Economist, le discours des géants du net, consistant à expliquer qu’ils n’étaient pas des éditeurs et donc qu’ils n’étaient pas juridiquement responsables des contenus publiés sur leurs plateformes, est devenu inaudible. La diffusion de la propagande terroriste s’ajoute à une longue liste de reproches parmi lesquels la diffusion de fausses informations, le partage de contenus violents ou haineux et le harcèlement en ligne. Alors que les autorités ont le souci de montrer qu’elles agissent sur tous ces sujets, le journal prévient que les géants pourraient faire les frais d’arbitrages défavorables entre la liberté en ligne et la nécessité de garantir l’ordre public. Dans le même temps, les acteurs du web sont soucieux de ne pas perdre la confiance de leurs utilisateurs, souvent critiques vis-à-vis de leur politique de modération et attentifs à la confidentialité de leurs données personnelles. The Economist précise que si les entreprises tech doivent allouer davantage de ressources pour traiter ces questions, il est injuste de les accabler de la responsabilité d’une radicalisation dont les ressorts dépassent le cadre de l’Internet.

Dans une note en ligne, deux responsables de Facebook ont détaillé – en guise de réponse à Theresa May – le dispositif du réseau social, qui a mis en place une équipe de plus de 150 personnes dédiées à contrer la propagation des discours terroristes. De plus, ils ajoutent que Facebook a développé des outils utilisant des technologies comme l’intelligence artificielle pour détecter des images ou textes de propagande terroriste sur Facebook, Whatsapp et Instagram. De son côté, Google a annoncé qu’il développait ses technologies afin de mieux détecter les contenus inappropriés sur Youtube tout en augmentant le nombre des modérateurs.

 

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