Flash Technologies et Innovation n°2017-6

Flash Technologies et Innovation n°2017-6

Crédit photo : Javier Morales

SOMMAIRE

Régulation et Gouvernance

  • Le président de la Federal Communications Commission (FCC) s’engage à supprimer les règles relatives à la neutralité du net
  • Le président D. Trump veut moderniser les outils et services numériques du gouvernement fédéral

Technologies

  • SpaceX veut se connecter à Internet depuis l’espace grâce à un réseau de satellites en orbite autour de la Terre

Entreprises

  • Apple investit 1 milliard USD dans l’American Manufacturing
  • Comcast et Charter Communications signent un accord pour se développer sur le marché de la téléphonie mobile

Relais d’opinion

  • John Oliver critique l’action de la FCC sur la question de la neutralité du net
  • Les dirigeants de la tech prévoient une automatisation partielle des emplois dans leur secteur 
  • La Silicon Valley invitée à s’engager davantage dans les débats publics la concernant

REGULATION ET GOUVERNANCE

Le président de la Federal Communications Commission (FCC) s’engage à supprimer les règles relatives à la neutralité du net

Le président de la FCC, Ajit Pai, a présenté son argumentaire en faveur de l’abrogation des règles de neutralité du net adoptées en février 2015 par la Commission.

A l’époque, la FCC composée d’une majorité de membres démocrates, s’était appuyée sur le Title 2 du Communications Act de 1934 et la Section 706 du Telecommunications Act de 1996 afin de considérer les fournisseurs d’accès Internet (FAI) comme des common carriers, c’est-à-dire des entreprises de télécommunications dont les services à destination du grand public ont une dimension d’intérêt général. Cette reclassification a élargi le périmètre d’actions de la FCC qui a pu adopté le Open Internet Order en 2015. Ce dernier impose la neutralité du net aux opérateurs Internet en interdisant de bloquer, ralentir ou faciliter l’accès à des contenus en ligne.

Le président de la FCC estime que ces règles ont eu des conséquences négatives sur le plan économique alors qu’au moment de leur adoption, il n’existait pas d’Internet à deux vitesses, suggérant qu’il s’agissait avant tout d’une décision politique déconnectée des faits. S’appuyant sur une étude de la Free State Foundation, A. Pai considère que ces règles ont empêché les FAI d’investir 5,1 Mds USD dans le développement de leurs réseaux et de recruter ou maintenir entre 75 000 et 100 000 emplois dans le secteur. De plus, il estime que le manque à gagner pour les FAI a fragilisé les petits acteurs, favorisé la concentration des entreprises et maintenu des prix élevés pour les consommateurs.

En revenant sur ces règles, A. Pai espère relancer l’investissement privé dans les infrastructures de télécommunications, créer de l’emploi dans le secteur et dynamiser la concurrence afin de réduire les prix pour le consommateur. Le président de la FCC précise qu’il n’est pas contre un Internet ouvert et libre mais il estime qu’il n’est pas de la compétence de la FCC d’imposer des règles strictes aux FAI alors que le problème de l’Internet à deux vitesses ne s’est jamais encore posé. A. Pai dit défendre une approche qui vise à minimiser la réglementation afin de maximiser l’innovation.

La FCC devrait voter, le 18 mai 2017, le retour à la classification des FAI comme étant des services d’information, ce qui lèverait l’autorité de l’agence à imposer des règles de neutralité du net ou des règles de protection des données personnelles, lesquelles devraient être de la compétence de la Federal Trade Commission, selon A. Pai. Soutenu par les républicains, le président de la FCC espère que le Congrès votera une loi qui supprimerait l’ancienne réglementation et empêcherait la FCC d’adopter des règles similaires à l’avenir. Le 1er mai 2017, le sénateur républicain Mike Lee (Utah) a introduit une proposition de loi en ce sens. Pour passer, une loi sur la neutralité du net doit obtenir 60 voix au Sénat, ce qui signifie que le vote d’au moins 8 sénateurs démocrates est nécessaire. Toutefois, il existe un fort clivage partisan sur la question, les démocrates s’opposant à une remise en cause du principe de neutralité du net qu’ils considèrent essentiel à l’exercice du Premier amendement de la Constitution américaine. Selon les démocrates, la neutralité du net est nécessaire à l’exercice de la liberté d’expression dans une société où les citoyens utilisent Internet comme l’une des principales sources d’information.

Le président D. Trump veut moderniser les outils et services numériques du gouvernement fédéral

Le 1er mai 2017, le président D. Trump a signé un décret (Executive Order) qui crée le American Technology Council dont l’objectif est de « transformer et moderniser » les infrastructures informatiques du gouvernement fédérales ainsi que les services numériques à destination des usagers. Cette décision intervient moins d’un mois après la mise en place de l’Office of American Innovation, dirigé par le conseiller politique et gendre du président Jared Kushner, et qui vise à améliorer le fonctionnement du gouvernement fédéral en s’inspirant des pratiques du secteur privé. Les missions de J. Kushner pourraient évoluer afin de s’inscrire dans le périmètre de l’American Technology Council, coordonné par l’ancien directeur financier de Microsoft et actuel directeur des initiatives stratégiques à la Maison Blanche, C. Liddell. Le Conseil est présidé par D. Trump et intègre plusieurs responsables d’agences et de départements fédéraux. Des dirigeants de la Silicon Valley dont les noms ne sont pas encore confirmés pourraient rencontrer les membres du Conseil, début juin, afin de partager leur expertise et recommandations.

TECHNOLOGIES

SpaceX veut se connecter à Internet depuis l’espace grâce à un réseau de satellites en orbite autour de la Terre

Le 3 mai 2017, la vice-présidente de SpaceX, Patricia Cooper, était  auditionnée au Sénat américain dans le cadre d’une consultation visant à identifier des moyens de rendre l’Internet haut débit plus accessible et performant sur le territoire américain. P. Cooper a indiqué que SpaceX souhaite envoyer 4 425 satellites en orbite autour de la Terre à partir de 2019, afin de déployer un réseau Internet haut débit depuis l’espace d’ici à 2024. Le projet multiplierait par trois le nombre de satellites actuellement en orbite autour de la planète, estimé à 1 459 en 2016. P. Cooper a expliqué que les satellites pourraient améliorer leurs performances à travers des mises à jour régulières de leurs systèmes, à la différence des réseaux câblés actuels dont la modernisation nécessite en général le déploiement de nouvelles infrastructures. De plus, un réseau Internet via des satellites qui se déplaceraient sur 83 plans orbitaux différents permettraient de moduler les capacités du réseau en fonction des besoins en temps réel. Sur ce défi technologique, SpaceX est en concurrence avec OneWeb qui travaille également sur des prototypes de satellites non-stationnaires. Ces projets suscitent toutefois des inquiétudes relatives à la pollution de l’espace.

ENTREPRISES

Apple annonce un investissement d’un milliard de dollars dans l’American Manufacturing

Le PDG d’Apple, Tim Cook, a annoncé la création d’investissement d’un milliard USD pour dynamiser l’industrie des technologies aux Etats-Unis. Cet investissement concernera des emplois dans la production de haute valeur ajoutée, notamment dans les nouvelles technologies, l’aérospatiale, l’automobile et les énergies renouvelables. Apple rejoint ainsi d’autres grandes entreprises américaines qui ont annoncé des investissements importants aux Etats-Unis depuis l’élection du Président, alors que plusieurs entreprises de la tech s’étaient engagées pendant la campagne contre D. Trump notamment sur le projet d’augmentation des droits de douanes.

Entre 1998 et 2016, Apple déclare avoir créé 75 000 emplois sur le territoire américain. En tout l’ensemble de l’activité du groupe soutiendrait plus de deux millions d’emplois directs et indirects. T. Cook a également bien accueilli la volonté de l’administration américaine de vouloir abaisser l’imposition des entreprises.

Comcast et Charter Communications signent un accord pour se développer sur le marché de la téléphonie mobile

Les deux entreprises câblo-opérateurs Comcast et Charter Communications vont former une alliance pour protéger le développement de leur offre de téléphonie mobile dans un marché aux barrières à l’entrée fortes dominé par Verizon, AT&T et T-Mobile. Cet accord prévoit qu’aucune des deux entreprises ne prendra de décision importante sans l’avis de l’autre ou de décisions qui pourraient compromettre l’offre. Les opérations d’acquisitions (avec Sprint notamment) ou des coentreprises d’un montant d’au moins 200 millions de dollars sont également concernées par cette clause. Comcast a prévu le lancement de son service mobile dans quelques semaines, et Charter commencera la vente de téléphones l’année prochaine. Cependant, les deux futurs réseaux des opérateurs mobiles seront hébergés par Verizon. Selon des analystes du marché, l’objectif premier de cette alliance est de pouvoir conserver les abonnés.

RELAIS D’OPINION

John Oliver critique l’action de la FCC sur la question de la neutralité du net

L’animateur John Oliver a consacré une partie de son émission satirique Last Week Tonight du 7 mai 2017 à la neutralité du net, reprenant les critiques à l’encontre de l’action du président de la FCC. Dans ce segment de l’émission visionné plus de 2,3 millions de fois sur Youtube, John Oliver a remis en cause l’idée selon laquelle la neutralité du net devait s’appliquer sur la base du volontariat des fournisseurs d’accès Internet (FAI), rappelant la forte opposition des opérateurs lorsque la FCC a adopté le Open Internet Order. John Oliver a également estimé que le principe de neutralité avait déjà été remis en cause par les FAI, évoquant le cas de l’application de paiement en ligne Google Wallet dont l’accès a été bloqué en 2011 par Verizon qui développait une application similaire. Par ailleurs, l’animateur a critiqué le lien de causalité établi par A. Pai entre l’instauration des règles relatives à la neutralité du net et la baisse des investissements des opérateurs, expliquant que les rapports des FAI à leurs actionnaires n’abondaient pas en ce sens. Enfin, l’animateur a appelé les téléspectateurs à se connecter sur le site de la FCC, qui permet de commenter les projets en cours, afin de réclamer le maintien de la réglementation actuelle. Quelques heures après cet appel, le site de la FCC a connu de fortes perturbations, lesquelles ont été qualifiées de cyberattaques par la Commission.

Les dirigeants de la tech prévoient une automatisation partielle des emplois dans leur secteur  

D’après une enquête de la Consumer Technology Association (CTA), réalisée auprès de 314 tech executives, plus de la moitié des personnes interrogées considèrent qu’une partie (44 %) ou la plupart (7 %) des tâches seront automatisées dans leurs entreprises dans les 5 prochaines années. 55 % des dirigeants associent l’automatisation des tâches à la nécessité de rester compétitif, sans que cela signifie une baisse des embauches. En effet, 86 % des personnes interrogées estiment qu’elles auront un besoin croissant de personnes disposant de compétences techniques, tout en s’inquiétant, pour 71 % d’entre eux, des difficultés à trouver ces personnes qualifiées.

Cette étude a été diffusée à l’occasion du New American Jobs Summit, un nouvel événement annuel organisé début mai par la CTA qui souhaite intégrer les entreprises tech dans les actions en faveur de l’emploi aux Etats-Unis. Selon le président de la CTA, Gary Shapiro, l’objectif est de valoriser et amplifier la contribution du secteur tech à l’économie américaine tout en invitant les entreprises de la Silicon Valley à être force de propositions afin d’accompagner les changements technologiques.

La Silicon Valley invitée à s’engager davantage dans les débats publics la concernant

Dans une tribune publiée dans le Financial Times, Tommy Stadlen, analyste et co-fondateur de Polaroid Swing, estime que si le secteur tech bénéficie toujours d’une forte cote de confiance auprès de la population (75% selon Elderman), l’absence d’initiatives fortes pour répondre aux inquiétudes liées au progrès technique pourrait se retourner contre la Silicon Valley, laquelle souffrirait alors d’une image aussi précaire que celle du secteur financier. T. Stadlen explique que l’enjeu réputationnel est un élément clé de l’économie de l’innovation qui nécessite une adhésion forte afin de faciliter la diffusion des technologies dans la société. T. Stadlen illustre son propos avec l’exemple des organismes génétiquement modifiés en Europe où la tournure du débat public a échappé aux scientifiques qui n’ont pas pris la mesure des inquiétudes du public. D’après T. Stadlen, des résistances similaires ne manqueront pas de freiner le développement de l’intelligence artificielle si la Silicon Valley ne s’engage pas sérieusement dans les discussions éthiques la concernant (contenus violents en ligne, protection des données personnelles, impact du robot sur l’emploi, …).

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0