Flash Technologies et Innovation n°2017-4

Flash Technologies et Innovation n°2017-4

Crédit photo : Javier Morales

SOMMAIRE

Régulation et Gouvernance

  • Le Président Trump crée un bureau pour l’innovation américaine au sein de la Maison Blanche
  • Le Congrès vote l’abrogation des Broadband Consumer Privacy Rules
  • Deux Sénateurs introduisent une proposition de loi sur la cybersécurité dans les voitures autonomes et connectées
  • La Federal Communications Commission (FCC) veut bloquer les « robocalls » illégaux
  • La FCC souhaite déployer des technologies de blocage des appels téléphoniques illégaux en prison
  • Makan Delrahim est nommé à la tête du bureau antitrust du Department of Justice

Technologies

  • Les voitures autonomes améliorent leurs performances

Entreprises innovantes

  • Intel prévoit de racheter Mobileye pour 15,3 milliards USD
  • Uber traverse une crise de gouvernance qui affecte son chiffre d’affaires

Relais d’opinion

  • WikiLeaks publie des informations sur les pratiques de la CIA vis-à-vis de Apple
    • Le FBI critiqué pour l’utilisation de nouveaux outils technologiques de reconnaissance faciale
    • L’impact de la robotisation sur l’emploi fait débat

 


Régulation et gouvernance

Le Président Donald Trump crée un bureau pour l’innovation américaine au sein de la Maison Blanche.

Une nouvelle agence au sein de la Maison Blanche est créé pour conseiller le Président Trump sur la question de l’innovation aux Etats-Unis. L’« Office of American Innovation » sera dirigé par J. Kushner, conseiller politique et gendre du Président, et composé de dirigeants de grandes compagnies de la Tech comme Tim Cook pour Apple, Elon Musk pour Tesla/Space X et Bill Gates. Cette agence devra rapprocher la Maison Blanche des centres de décision et faire face à de possibles « résistances » des agences fédérales comme la Federal Communications Commission ou du Congrès. Lors d’une interview pour le Washington Post, J. Kushner voit la gouvernance d’un Etat comme la gouvernance d’une entreprise et compte sur les compétences d’un groupe resserré pour créer des politiques publiques plus appropriées au monde économique actuel. Ce conseil pourrait également recommander la privatisation de certains services de l’Etat Fédéral. La concertation avec les dirigeants des groupes de la Tech pourrait également accélérer les projets d’infrastructure comme le déploiement du réseau haut débit sur l’intégralité du territoire américain.

Le Congrès a voté le 28 mars 2017 l’abrogation des Broadband Consumer Privacy Rules.

Adoptées par la Federal Communications Commission (FCC) en octobre 2016, ces règles, qui n’avaient pas encore pris effet, devaient contraindre les opérateurs réseaux comme Verizon et AT&T à demander l’autorisation des consommateurs pour transférer, utiliser et revendre leurs données de navigation internet à des parties tierces notamment pour effectuer de la publicité ciblée. Les Républicains, ainsi que le Président de la FCC ont estimé que ces règles étaient contraignantes, déloyales et contraires à l’intérêt des consommateurs. Le Congressional Review Act de 1996 permet au Congrès d’abroger les réglementations adoptées au cours des six derniers mois par les agences fédérales comme la FCC. Les membres Républicains du Congrès étaient soutenus par les principaux groupes d’intérêt du secteur comme la Competitive Carriers Association ou l’Internet and Television Association. Les démocrates et des groupes de consommateurs comme le Center for Digital Democracy’s dénoncent une victoire du lobby de la téléphonie au détriment de la protection de la vie privée des Américains sur Internet. L’acte d’abrogation de ces règles devrait être rapidement promulgué par le Président Trump alors que des mouvements citoyens défendant la protection de la vie privée continuent de s’organiser en lançant des pétitions ou en appelant leurs représentants politiques locaux

Deux Sénateurs introduisent une proposition de loi sur la cybersécurité dans les voitures autonomes et connectées.

Des Sénateurs du Massachusetts et du Connecticut ont réintroduit le Security and Privacy in Your Car Act (SPY) pour garantir la sécurité des données échangées dans les voitures connectées et autonomes. Le projet de loi prévoit la rédaction de standards de sécurité par la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) et la Federal Trade Commission (FTC). Aujourd’hui, chaque Etat détermine ses propres normes de sécurité en matière de véhicule autonome. Si la loi est adoptée, les logiciels liés à la connectivité des voitures devront être séparés des autres composantes de l’automobile pour éviter les piratages et la propagation des failles. Le projet de loi prévoit également un volet sur la protection des données du conducteur avec une notice visible informant sur les différentes données qui sont collectées, stockées et réutilisées. Les conducteurs devront également avoir le choix dans l’utilisation de leurs données par les constructeurs. Cette première étape de standardisation liée à la cybersécurité pour les voitures autonomes commencent à être testées dans de nombreux Etats. La SPY Car Act propose l’utilisation de boîte noire pour la sauvegarde de données de navigation en cas d’accidents. La NHTSA avait auparavant publié un guide des bonnes pratiques pour l’industrie dans le développement de la voiture autonome au grand public.

La FCC veut permettre aux opérateurs télécoms de bloquer les « robocalls » illégaux.

La FCC a validé une série de mesures donnant la possibilité aux opérateurs téléphoniques de bloquer les « robocalls » qui se définissent comme des appels téléphoniques automatisés, souvent responsable de ventes forcées et d’escroqueries grâce à l’obtention du numéro de sécurité sociale ou de carte bancaire. Les « robocalls » constituent la principale nuisance téléphonique pour le consommateur américain avec près de 2,2 milliards d’appels reçus chaque mois à travers le pays. En permettant aux opérateurs téléphoniques de bloquer les appels de numéros invalides ou non-associés à un abonné, la FCC espère bloquer les robocalls illégaux et frauduleux. 13 % des adultes américains ont déjà été victimes de fraudes téléphoniques et près de la moitié d’entre eux ont ainsi perdu entre 100 dollars et 10 000 dollars.

La FCC facilite le déploiement de technologies de blocage des appels téléphoniques dans les établissements pénitenciers.

La FCC considère que l’usage illégal des téléphones portables dans les prisons fédérales permet aux détenus de maintenir leurs activités criminelles (trafic de drogues, intimidation de témoin, assassinats). En nommant un coordinateur central et en simplifiant les procédures d’installation des Contraband Interdiction Systems (CISs), la FCC souhaite développer des technologies capables de détecter, localiser et bloquer l’usage d’appareils téléphoniques. La Commission précise qu’elle sera attentive à ce que les détenus puissent continuer d’avoir accès à des moyens de communication avec leurs proches.

D. Makan Delrahim est nommé à la tête du bureau antitrust du Department of Justice.

Le Président Trump nomme Makan Delrahim, un ancien avocat, comme responsable antitrust au sein du Department of Justice. Il sera en charge d’étudier, approuver ou désapprouver les fusions/acquisitions des entreprises américaines et lancer des procédures contre les concurrences déloyales. M. Delrahim n’est pas opposé à la fusion entre AT&T et Time Warner, mais il a annoncé y porter la plus grande attention. Entre 2007 et 2008, M. Delrahim a notamment travaillé pour AT&T en tant que lobbyiste. En janvier, le Président Trump a déclaré qu’il laissera le Department of Justice statuer sur la légalité de cette fusion, après s’y être déclaré défavorable durant la campagne.

Technologies

Les voitures autonomes améliorent leurs performances.

Le département californien des véhicules motorisés a publié une série de rapports sur les performances des voitures autonomes. Ces rapports mettent en lumière les résultats de 11 entreprises qui expérimentent leurs véhicules sur les routes publiques. Waymo, la voiture autonome de Alphabet, a roulé sur plus d’un million de km en 2016. Le véhicule a eu besoin d’une assistance humaine à 124 reprises, soit un ratio d’une erreur tous les 8 000 km, soit quatre fois moins qu’en 2015. Uber a testé ses voitures autonomes sur un peu plus de 300 000 km de routes publiques avec une intervention humaine tous les 300 km. Uber risque d’être distancé alors que ses expérimentations en Arizona ont été brièvement suspendues suite à un incident sans gravité impliquant une Volvo d’Uber et deux autres véhicules. Les données récoltées ne sont pas suffisantes en ce qui concerne Tesla qui effectue la majorité de ses essais sur des circuits privés.

Entreprises innovantes

Intel prévoit de racheter Mobileye pour 15,3 milliards USD.

Intel a annoncé vouloir racheter l’entreprise israélienne de caméras et technologies spécialisées dans la voiture autonome pour une valeur de 15,3 milliards USD. Ce rachat s’inscrit dans une stratégie de développement de 40 voitures autonomes sur les routes américaines et européennes à l’horizon 2020. Intel prévoit d’investir plus de 250 millions USD dans des startups spécialisées dans les voitures connectées et autonomes, après avoir signé un accord avec le constructeur automobile BMW. Les revenus générés par le secteur de la voiture autonome sont estimés à 70 milliards USD en 2030.

Uber traverse une crise de gouvernance qui affecte son chiffre d’affaires.

Au cours du premier trimestre 2017, la part de marché de Uber a baissé de 6 points, passant de 80 % à 74 %, principalement au bénéfice de son concurrent Lyft. L’entreprise de transport a fait face à une série de crises (accusation de connivence avec la nouvelle administration, dénonciation d’une culture d’entreprise misogyne, relation conflictuelle avec les conducteurs) qui a conduit au départ de plusieurs cadres dirigeants. Le 21 mars 2017, le conseil d’administration a renouvelé sa confiance au directeur général, Travis Kalanick, qui a publiquement demandé de l’aide pour améliorer sa gouvernance.

Relais d’opinions

WikiLeaks publie des informations sur les pratiques de la CIA vis-à-vis de Apple.

Dans son document nommé Dark Matter, WikiLeaks révèle les opérations de surveillance menées par la CIA, avec la NSA, pour accéder aux contenus des appareils Apple. WikiLeaks s’est procuré le guide de la CIA détaillant les méthodes pour détourner des appareils du fabriquant Apple. Les techniques dévoilées vont de la surveillance via les micros logiciels des MacBook au détournement et la modification d’un réseau. La CIA ainsi que des membres du Congrès ont dénoncé les pratiques de WikiLeaks qui violent, selon eux, la protection des données confidentielles.

Un think-tank critique le FBI pour l’utilisation de nouveaux outils technologiques de reconnaissance faciale.

Une audition du FBI à la Chambre des Représentants en mars 2017 a révélé des excès dans l’utilisation d’un outil de reconnaissance faciale par le Bureau. Suite à un rapport du Georgetown Law Center on Privacy and Technology, 110 millions de photos de citoyens américains seraient collectées par le FBI sans leurs consentements, pour alimenter leur base de données dans la lutte contre la criminalité, alors qu’il ne s’agit pas pour la plupart de criminels. Le FBI pendant cette audition a été accusé d’utiliser les photos et les données des permis de conduire pour construire cette base de données. Le rapport pointe aussi une marge d’erreur d’identification plus élevée pour les personnes de couleurs. Ces nouvelles technologies ne sont pas encore régulées ni étudiées, ce que dénoncent les défenseurs des libertés et de la protection de la vie privée comme l’American Civil Liberties Union. Déjà en 2016, le Government Accountability Office publiait un guide des bonnes pratiques sur l’utilisation des technologies de reconnaissances faciales. Le gouvernement fédéral recommandait ainsi une meilleure protection de la vie privée et l’usage d’outils adaptés.

L’impact de la robotisation sur l’emploi fait débat.

Le Secrétaire au Trésor Américain, Steven Mnuchin, a récemment pris position dans le débat public sur l’impact de robotisation sur les emplois, en déclarant qu’il s’agissait d’une question annexe qui ne devrait pas soulever d’enjeux sociaux et économiques avant 50-100 ans, et en s’opposant aux politiques publiques et régulations qui freinent l’innovation. De nombreux observateurs et personnalités publiques ont critiqué la position de Steven Mnuchin, parmi lesquels L. Summers, l’un de ses prédécesseurs au Trésor américain, qui considère que si l’on peut débattre de la nature de l’impact des avancées technologiques sur l’emploi, il est inenvisageable de considérer qu’il n’y a pas ou peu d’impact à court et moyen terme au vu de l’apparition des premières applications de l’intelligence artificielle, notamment les voitures autonomes. Par ailleurs, une littérature académique croissante sur le sujet suggère un risque significatif de destruction d’emplois, à l’instar d’un document de travail récent du  National Bureau of Economic Research, signée par les économistes Daron Acemoglu et Pascual Restrepo.

 

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