Flash Tech n°2018-5

Flash Tech n°2018-5

Crédit photo : Javier Morales

SOMMAIRE

Régulation et Gouvernance

–        Département à la Justice contre AT&T et Time Warner : la justice américaine approuve la fusion

–        L’abrogation des règles de neutralité du net a pris effet le 11 juin 2018

–        RGPD : le Secrétaire au Commerce a précisé la position et les demandes américaines

–        La Maison Blanche a organisé son premier sommet sur l’intelligence artificielle

–        Auditions au Sénat sur « l’économie des applications mobiles »

–        Propriété intellectuelle : l’annulation administrative des brevets jugée conforme à la Constitution

–        Le Département à Sécurité Intérieure (DHS) propose d’annuler l’International Entrepreneur Rule

Technologies

–        Le regard du responsable de Amazon Robotics sur la question de l’automatisation du travail

Entreprises

–        Microsoft a racheté la plateforme d’open source GitHub pour 7,5 Mds USD

–        Critiqué par ses employés, Google renonce au renouvèlement d’un contrat avec l’armée américaine

–        Facebook confrontée à de nouvelles révélations sur sa politique de partage des données personnelles

Relais d’opinion

–        Addiction numérique : près d’un adolescent américain sur deux est « presque constamment » connecté

–        La ville de New York établit un lien entre Airbnb et la forte hausse des loyers dans certains quartiers

–        L’A.C.L.U. appelle Amazon à ne plus vendre sa technologie Rekonignition aux services de police

–        La « gig economy » représenterait seulement 10% des emplois américains


REGULATION ET GOUVERNANCE

Département à la Justice v. AT&T & Time Warner : la justice américaine approuve la fusion

Le rachat de Time Warner par AT&T, pour 85 Mds USD, était contesté par le Département au Commerce (DoC) mais le tribunal a considéré que les affirmations du DoC n’étaient pas suffisamment démontrées. La division antitrust du DoC estimait que cette opération conduirait à réduire les offres proposées aux consommateurs tout en augmentant le prix des abonnements audiovisuels et internet.

En rachetant Time Warner, AT&T intègre dans son portefeuille des chaînes populaires comme HBO et CNN, des droits de diffusion pour des compétitions sportives majeures et des films à succès. Les deux entreprises ont finalisé leur fusion le 14 juin 2018 mais le DoJ a toujours la possibilité de faire appel avant le 18 juin.

Cette décision était particulièrement attendue car, jusqu’alors, les autorités de la concurrence américaine approuvaient généralement les concentrations verticales. Bien que le juge a tenu à prévenir contre « la tentation d’interpréter cette décision au-delà de la résolution d’un cas précis », la plupart des experts s’accordent à dire que la décision est un signal encourageant pour les projets de rapprochement entre groupes de télécommunications et groupes médias (ex. : Comcast qui  souhaiterait acquérir les studios Disney pour 66 Mds USD).

L’abrogation des règles de neutralité du net a pris effet le 11 juin 2018

Six mois après la décision de la Federal Communications Commission (FCC), les règles de neutralité du net instaurées sous l’administration Obama sont effectivement abrogées. Il revient désormais à la Federal Trade Commission (FTC) de traiter les situations dans lesquels les fournisseurs d’accès à internet (FAI), par leurs pratiques, auraient des comportements anticoncurrentielles ou contradictoires avec les engagements pris vis-à-vis des consommateurs (la décision de la FCC impose aux FAI des exigences de transparence sur leurs pratiques).

Cette mise en œuvre ne signifie pas l’arrêt de la contestation. Les sénateurs démocrates ont réussi à faire voter une motion visant à faire annuler cette décision mais cette procédure a peu de chance d’aboutir car elle doit obtenir le feu vert de la majorité républicaine au Congrès et éviter le veto du président. Par ailleurs, la décision de la FCC est toujours l’objet d’actions en justice de la part d’une vingtaine de procureurs généraux, d’associations et d’entreprises. Enfin, plusieurs Etats ont également mis en place des règles de neutralité du net au niveau de leur territoire, lesquels sont susceptibles d’être contestées par la FCC et les FAI.

RGPD : le Secrétaire au Commerce précise la position et les demandes américaines

Dans une tribune publiée le 30 mai 2018, le Secrétaire au Commerce Wilbur Ross s’est dit « profondément inquiet » de l’entrée en vigueur du règlement général de protection des données (RGPD) dans l’Union européenne. S’il partage l’objectif de concilier vie privée et libre circulation des données, W. Ross estime que le texte européen est déséquilibré et pourrait grandement perturber la coopération transatlantique, tout en créant des barrières au commerce international entre l’Europe et le reste du monde. Il considère que les petites et moyennes entreprises seront les plus pénalisées par des règles dont la mise en œuvre a un coût significatif (« des milliards de dollars ») sans lever de sérieuses incertitudes juridiques car « nous n’avons pas une compréhension claire de ce qui doit être mis en conformité ». A ce jour, selon W. Ross, les régulateurs financiers européens n’auraient pas la certitude de pouvoir partager les résultats de leurs contrôles financiers avec leurs partenaires américains, les entreprises pharmaceutiques américaines pourraient ne pas être autorisées à utiliser les données de patients européens dans le cadres de procédures d’autorisation de mise sur le marché américain et l’US Postal Service pourrait avoir davantage de difficultés à obtenir les informations personnelles d’expéditeurs européennes. Les autorités américaines craignent également que les exigences du RGPD sur l’ICANN et son registre WHOIS (cf. Flash Tech n°2018-3) ralentissent les autorités dans leur travail d’identification des auteurs d’activités criminelles. W. Ross appellent les Européens à fournir des indications plus claires de manière à instaurer un « environnement règlementaire plus prévisible ».

Ces inquiétudes rejoignent celle du milieu des affaires qui, désormais, exprime aussi des inquiétudes vis-à-vis du projet de directive européenne ePrivacy, actuellement en discussion au Conseil de l’U.E., et qui  s’intéresse au champ plus large de l’usage des données privées dans le cadre de l’ensemble des télécommunications.

La Maison Blanche a organisé son premier sommet sur l’intelligence artificielle (IA)

Organisé le 10 mai 2018 et intitulé « AI for American Industry », ce sommet a rassemblé une centaine de personnes de l’administration, du monde académique, et du secteur privé. Parmi les participants du secteur privé, on a pu relever la présence de Brian Krzanich (PDG, Intel), Eric Horvitz (VP Intelligence Artificielle, Microsoft), Arvind Krishna (Directeur, IBM Research), Rohit Prasad (VP Alexa, Amazon), Greg Corrado (Senior Research Scientist, Google), Bill Mannel (VP Intelligence Artificielle, Hewlett Packard Enterprise), Jan Buck (VP, Nvidia), Craig Stephen (VP R&D, Oracle), et le français Jérôme Pesenti (VP Intelligence Artificielle, Facebook).

Les échanges ont porté sur les priorités en matière de R&D pour l’IA, la formation des travailleurs, les freins règlementaires à l’innovation, et les applications sectorielles de l’IA. L’événement a permis de positionner l’administration actuelle sur les enjeux technologiques alors qu’il lui était régulièrement reproché de se désintéresser du sujet. La principale annonce de la Maison Blanche a été la mise en place d’un comité chargé de conseiller le président D. Trump en matière d’IA. Ce Select Committee sera  rattaché au National Science & Technology Council et sera composé de hauts fonctionnaires de l’administration américaine. Il devra conseiller le président sur : (i) les priorités en matière de politique d’innovation liée à l’IA (R&D, obstacles règlementaires, open data, etc.) ; (ii) la mise en place de partenariats publics-privés dans des secteurs stratégiques (industrie militaire, santé, transport) ; (iii) la coordination de l’action de l’administration fédérale en matière d’IA, notamment en accélérant la politique d’ouverture des données.

Auditions au Sénat sur « l’économie des applications mobiles »

Le 15 mai 2018, au Sénat, le sous-comité à la technologie et à l’innovation a tenu des auditions sur l’économie des applications mobiles. Parmi les auditionnés, on compte Morgan Reed, le président de la App Association représentant 5 000 entreprises du secteur. Il a affirmé que l’économie des applications mobiles représentait 950 Mds USD aux Etats-Unis, en intégrant l’essor des objets connectés. Il a défini les acteurs de ce secteur comme étant les intermédiaires entre les fabricants d’objets connectés et les utilisateurs. Ainsi défini, l’économie des applications emploieraient 4,7 millions de personnes aux Etats-Unis. Selon lui, le marché a un très fort potentiel de croissance avec les promesses de la 5G. Il a enfin expliqué que le secteur attendait des pouvoirs publics une action plus proactive afin de combler le retard de connectivité des zones rurales peu connectées.

La procédure d’annulation administrative des brevets après leur délivrance est conforme à la Constitution selon la Cour suprême

La Cour suprême a rendu un arrêt très attendu par lequel elle affirme que l’invalidation d’un brevet par la Commission d’appel de l’Office des brevets est conforme à l’article III et au septième amendement de la Constitution, et reconnait par là le caractère de droit public des brevets. La Commission d’appel est donc reconnue légitime et légale, et l’exigence de qualité des brevets est protégée et confortée.

A l’origine de l’affaire, Oil States Energy Services avait obtenu un brevet. Elle a, par la suite, assigné Greene’s Energy Group en contrefaçon devant le circuit fédéral. En réponse, Greene’s Energy Group a fait une demande d’annulation du brevet devant un tribunal de district, ainsi que devant la Commission d’appel des brevets. Le tribunal de district avait reconnu le brevet valide, tandis que la Commission d’appel a estimé que l’invention n’était pas brevetable. Oil States a fait appel devant le circuit fédéral, et a également soulevé la question de la constitutionnalité de la procédure devant la Commission d’appel (Inter Partes Review), arguant que cette procédure administrative violait l’Article III de la Constitution, estimant que la révocation d’un brevet ne pouvait se faire que devant un jury. La Cour Suprême affirme que la décision est conforme à la Constitution, et que la Commission d’appel est légale.

Le Département à la Sécurité Intérieure (DHS) propose d’annuler l’International Entrepreneur Rule 

L’International Entrepreneur Rule visait à octroyer des permis temporaires de travail de deux ans et demi renouvelables une fois à des entrepreneurs étrangers désireux de développer leurs startups aux Etats-Unis.

Ce programme, élaboré par l’administration Obama, n’a jamais été mis en œuvre. Censé démarrer en juillet 2017, le DSH avait repoussé son application (cf. Flash Tech n°2017-9) afin de s’assurer de sa conformité avec la demande du président Trump de renforcer les règles d’immigration. En décembre 2017, la décision de suspendre la mise en œuvre du programme a été annulée par un juge pour non-respect des procédures administratives. Prenant acte de la décision de justice, le DSH s’est engagé à mettre en place des procédures pour recevoir les demandes mais a précisé qu’il avait toujours l’intention de mettre fin au programme. Dans cette incertitude, seules une douzaine de demandes auraient été reçues d’après les services d’immigration.

Dans sa proposition de mettre fin à l’International Entrepreneur Rule, le DSH estime que ce dispositif ne protège pas suffisamment les investisseurs et travailleurs américains. Pourtant, le International Entrepreneur Rule était soumis à des conditions d’éligibilité sélectives, notamment le fait que tout candidat devait justifier le fait d’avoir levé au moins 250 000 USD auprès d’investisseurs américains. L’administration Obama estimait à moins de 3 000 le nombre des bénéficiaires chaque année.


TECHNOLOGIES

Le regard du responsable technique d’Amazon Robotics sur la question de l’automatisation du travail

Tye Brady s’est exprimé sur l’état d’avancement de l’automatisation dans les centres de gestion des commandes à l’occasion de la conférence EmTech Next organisé par le MIT Technology Review. Il a confirmé que l’automatisation faisait partie de la stratégie de croissance de l’entreprise car « le traitement des dizaines de milliers de commandes simultanées est impossible autrement » tout en ajoutant que ces machines étaient très loin d’avoir la dextérité, la réactivité, et le bon sens des salariés qui restent la composante essentielle de l’organisation des centres de gestion de commandes. T. Brady a évoqué le cas d’un paquet de beurre tombé au sol et à l’origine d’une succession de chutes de robots. Ainsi, bien qu’Amazon dispose de plus 50 000 robots, l’entreprise continue de recruter et emploie environ 500 000 personnes dans ses centres logistiques. Cette stratégie de complémentarité entre humains et robots se rapproche des propos de Elon Musk qui expliquait récemment l’énième retard dans les productions Tesla par une automatisation excessive à l’origine de nombreuses erreurs.

Ces éléments illustrent la difficulté à appréhender la réalité des avancées de l’automatisation et de sa vitesse de diffusion, y compris concernant les métiers peu ou pas qualifiés. Autre exemple : à mi-chemin entre l’industrie des transports et la grande distribution, le métier de chauffeurs de camions est souvent dépeint comme le métier le plus exposé par l’automatisation dans les prochaines années (véhicules autonomes), mais pour l’heure, la principale préoccupation du secteur est de faire face à l’accroissement de la demande, tiré par la croissance du e-commerce : près de 51 000 postes de chauffeurs restent non pourvus aux Etats-Unis, selon   l’American Trucking Associations.


ENTREPRISES

Microsoft va racheter la plateforme d’open source GitHub pour 7,5 Mds USD

GitHub est la plateforme qui rassemble le plus grand nombre de programmes open-source, c’est-à-dire des programmes informatiques dont le code source est rendu public et libre d’accès à tout développeur qui peut le modifier, voire créer des produits dérivés. L’open-source facilite le travail collaboratif entre développeurs et, à cette fin, GitHub s’est imposée comme la plateforme de référence, réunissant plus de 28 millions de développeurs à travers le monde et générant plus de 85 millions de projets. Le succès de GitHub réside dans le fait que la plateforme a facilité le processus de programmation, notamment en conservant les différentes versions d’un même code sur lequel travaillent plusieurs personnes parfois au même moment. GitHub existe en version public (open-source) ainsi qu’en version privée et payante, principalement à destination d’entreprises.

Ce rachat a suscité des inquiétudes de nombreux programmeurs, ce qui a conduit le PDG de Microsoft à rappeler que sa stratégie depuis qu’il est à la tête de l’entreprise est de s’orienter vers les services cloud et pour cela s’appuyer sur l’écosystème en présence. Il s’est engagé sur le fait que GitHub n’allait pas changer d’orientation et resterait au  service des développeurs, tout en rappelant que Microsoft était l’organisation qui utilisait le plus la plateforme (deux millions de mises à jour enregistrées). Le fondateur de GitHub Chris Wanstrath, qui rejoint Microsoft en tant que Technical Fellow, a abondé en ce sens en expliquant que les précédentes opérations de Microsoft sous le leadership de S. Nadella (LinkedIn, Minecraft) indiquaient un souci réel de préserver les spécificités de ces nouvelles acquisitions.

Critiqué par ses employés, Google renonce au renouvèlement d’un contrat avec l’armée américaine

En septembre 2017, l’entreprise avait signé un contrat d’une valeur de 9 M USD avec Département à la Défense afin d’aider l’armée américaine sur un programme de R&D dénommé « Maven ». Ce projet visait à améliorer les performances de systèmes d’intelligence artificielle dans le traitement des images récoltées par des drones militaires. D’après Google, dans le cadre de ce projet, l’entreprise n’offrait que des solutions de cloud-computing, ce qui n’a pas empêché une forte controverse en son sein. Rejetant l’idée que leur entreprise puisse contribuer à un projet de nature à améliorer les ciblages des tirs de drones, plusieurs employés de Google ont exprimé leur mécontentement en interne. Des échanges très vifs auraient eu lieu, suivis d’une dizaine de démissions et d’une pétition signée par près de 4000 employés, dont d’importants scientifiques pilotant les projets IA de l’entreprise au sein de Google Brain ou de DeepMind. Cette mobilisation et le souci d’apaisement de la direction de l’entreprise expliquent la décision de ne pas renouveler ce contrat, en dépit des arguments des équipes commerciales. Ces dernières défendaient un contrat qui ne se différenciait pas des contrats signés par d’autres entreprises comme Amazon ou Microsoft dont les liens avec le Département à la Défense sont plus denses. De plus, le contrat aurait permis à l’entreprise de diversifier ses sources de revenus en renforçant sa position en tant que prestataire de services de cloud-computing dont les contrats avec le gouvernement dépassent parfois le milliard de dollars.

Facebook confrontée à de nouvelles révélations sur sa politique de partage des données personnelles

Début juin, l’entreprise a admis avoir établi, depuis une dizaine d’années, des partenariats avec au moins une soixantaine de fabricants de téléphones  mobiles et autres appareils connectés, incluant la plupart de grands fabricants américains (Apple, Amazon, Microsoft, …).  Ces partenariats visent à permettre une large diffusion de ses produits, applications et fonctionnalités et impliquent un partage des données des utilisateurs avec les fabricants concernés. Ces accords permettent ainsi à un fabriquant de smartphones d’intégrer les données des utilisateurs Facebook dans leur propre écosystème, par exemple dans les «social hubs » donnant aux internautes un aperçu de l’ensemble des notifications sur leurs réseaux sociaux. Ces informations peuvent inclure des données personnelles mais, dans le cadre de ces partenariats, Facebook ne réclame pas de consentement explicite avant le partage des données. L’entreprise applique ainsi des standards différents entre les développeurs d’application et les fabricants, lesquels sont définis comme étant des prestataires de services faisant partie de « l’expérience Facebook ».

Ces informations interviennent alors que Facebook est l’objet d’une enquête de la part de la Federal Trade Commission (FTC) afin de déterminer si, dans l’affaire Cambridge Analytica, Facebook avait violé un accord à l’amiable conclu en 2011 avec l’agence et par lequel l’entreprise s’engageait à renforcer ses règles de confidentialité – en particulier la protection des données personnelles partagées à des tierces parties développant des applications. Le New York Times qui a révélé ces nouvelles informations suggère que celles-ci pourraient élargir le périmètre de l’enquête de la FTC mais Facebook estime qu’aucun usage inapproprié de ces données ne peut lui être reproché dans ce cas et que les entreprises étaient soumises à des contrats restrictifs, imposant notamment de ne pas conserver les données sur leurs propres serveurs.

Ces révélations pourraient toutefois prendre une autre dimension du fait que, parmi les fabricants concernés certains comme Huawei sont chinois et ont été identifiés par les autorités américaines comme à risque du fait de leur connexion avec le gouvernement chinois.


RELAIS D’OPINION

Addiction numérique : près d’un adolescent américain sur deux est « presque constamment » connecté

Le Pew Research Center (PRC) a publié une enquête sur les pratiques numériques des adolescents américains (13-17 ans), actualisant les données d’une précédente enquête réalisée entre 2014 et 2015. 95% des adolescents disposent ou ont accès à un smartphone et près de la moitié d’entre eux (45%) se dit « presque constamment » connecté, notamment sur les réseaux sociaux. A contrario des précédentes enquêtes, Facebook n’est plus le réseau social le plus utilisé, rétrogradé à la quatrième position derrière Snapchat, YouTube et Instagram (qui appartient à Facebook). Lors de la précédente enquête du PRC, aucun de ces réseaux – à part Facebook – n’était utilisé par une majorité d’adolescents. Egalement interrogées sur l’impact des réseaux sociaux sur leur vie, les personnes interrogées sont partagées : un tiers estime que les réseaux sociaux ont une contribution positive, un quart pense que leur impact est négatif, mais la plus grande part (45%) n’a pas d’opinion sur la question.

Cette étude intervient dans le contexte d’un débat grandissant sur les phénomènes d’addictions numériques dont les effets négatifs sont dénoncés par des personnalités influentes de la Silicon Valley, à l’instar de l’ancien éthicien de Google, Tristan Harris. Selon lui, les entreprises technologiques doivent remettre en question leurs techniques de persuasion intégrées aux algorithmes et visant à maximiser le temps passé des utilisateurs la plateforme. Il existe de plus en plus d’études soulignant les effets psychologiques négatifs d’une consommation excessive des réseaux sociaux (en 2017, Facebook reconnaissait que les utilisateurs ayant une consommation passive du réseau social se sentaient moins bien après une connexion) et les entreprises technologiques commencent à se positionner sur ces sujets. Les entreprises technologiques ont récemment annoncé des mesures visant à améliorer le « bien-être numérique ». Google et Apple vont ainsi mettre en place, dans leurs systèmes d’exploitation pour smartphone (Android, iOS), des dispositifs permettant aux utilisateurs d’être informés du temps passé sur chaque application, de modifier facilement les règles de notification, et d’effectuer des actions en utilisant le moins possible les écrans (notamment grâce aux assistants virtuels).

La ville de New York établit un lien entre le développement des offres Airbnb et la forte hausse des loyers dans certains quartiers

D’après une étude du Contrôleur général de la ville de New York,  la mise en location de logement sur Airbnb a  eu pour effet d’accroître significativement les loyers dans les zones touristiques, contribuant à la gentrification de  quartiers à Manhattan  et Brooklyn.  L’étude porte sur la période entre 2009 et 2016 et attribue à Airbnb, par exemple, une hausse de 18,6% des loyers  dans les quartiers de Greenpoint et Williamsburg  (Brooklyn).   Selon l’étude,  la facilité de la mise en location via la plateforme a conduit les propriétaires à privilégier Airbnb (50 000 offres disponibles sur le site pour la ville de New York), entraînant une baisse de l’offre de logements disponibles et donc une hausse des loyers. Pour l’année 2016, cette pression sur les prix aurait engendré un surcoût de 616 M USD.  Pour réaliser cette étude, la méthodologie utilisée est basée sur une analyse de régression cherchant à appréhender quel aurait été le loyer  dans différents quartiers si les logements disponibles sur Airbnb étaient intégrés au marché des locations longue durée. Cette approche a fait l’objet de plusieurs critiques car toutes les offres de location de courte durée ne se traduiraient pas en location de longue durée en l’absence d’Airbnb.  D’après la plateforme, l’étude établit une causalité là où il n’y a qu’une corrélation statistique,  rappelant que les offres Airbnb ne représentent qu’1% du parc locatif à New York.  Airbnb critique également le choix de  la période qui commence en pleine récession.

La plateforme reste l’objet de fortes critiques dans la ville où de nombreuses locations Airbnb ne respectent pas les lois de l’Etat qui  interdisent la location  pour des durées inférieures  à un mois, sauf si le propriétaire reste présent dans le logement durant cette période (élément difficile à contrôler et souvent non respecté).

L’American Civil Liberties Union appelle Amazon à ne plus vendre sa technologie Rekonignition aux services de police

Lancé en 2016 par la branche la plus profitable d’Amazon dédiée aux services de cloud-computing (Amazon Web Service), le produit Rekognition permet d’identifier des visages et des objets sur des images ou vidéos. Amazon propose sa technologie aux services de police, vantant les mérites d’un produit au prix abordable et capable d’accélérer les enquêtes des autorités. De son côté, les associations de défenses des libertés individuelles menées par l’A.C.L.U. estiment que la reconnaissance faciale est une technologie qui, mise au service de la police, peut être utilisée afin d’identifier et suivre des manifestants ou des personnes suspectées sans fondement précis.

Amazon rejette ces critiques et considère ne pas être responsable d’un usage illégal de sa technologie dans la mesure où ses clients s’engagent à l’utiliser dans le cadre de la loi. La technologie existait déjà avant Rekonignition et il existe plusieurs acteurs sur le marché, mais la concentration des critiques à l’endroit d’Amazon s’explique par le fait que l’entreprise est considérée comme étant la plus à même de développer et diffuser ce type de dispositifs.

Selon le Center on Privacy & Technology de l’université de Georgetown, les bases de données de reconnaissance faciale disposeraient des données de plus de 130 millions d’adultes Américains. Au-delà des questions de surveillance, la reconnaissance faciale suscite également des inquiétudes de la part des minorités car ces systèmes sont plus susceptibles de faire des erreurs pour les femmes et les personnes à la peau noire.

La « gig economy » représenterait seulement 10% des emplois américains

Selon une étude du Bureau des Statistiques du Travail (BLS), la part des américains travaillant dans le cadre de « formes alternatives de travail » (opposé aux relations de travail traditionnelles de type salariat) n’étaient que d’environ 10% en 2017, un point de moins par rapport à sa précédente estimation en 2005 (11%). Cela inclut les travailleurs indépendants qui travaillent via des plateformes (ex. : chauffeurs Uber), en freelance (ex. : traducteurs), ou via des agences d’intérims.

Cette étude intervient dans le contexte d’un débat sur l’impact de l’essor de nouvelles formes d’emploi, offrant à la fois plus de flexibilité mais également moins de garanties pour le travailleur. Si l’étude pourrait suggérer que la structure du marché du travail américain est stable, plusieurs observateurs ont souligné la difficulté à en tirer une telle conclusion, comme le rapporte le New York Times. En effet, l’étude se limite à considérer l’emploi primaire des travailleurs et ne prend pas en compte les travailleurs qui, en plus d’activité principale, ont une activité non-traditionnelle pour compléter leurs revenus (des données de la Réserve Fédérale suggèrent que cette situation concernerait près du tiers de la population active).

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0