Flash Tech n°2017-9

Flash Tech n°2017-9

Crédit photo : Javier Morales

 

SOMMAIRE

Régulation et Gouvernance

– La mise en application de l’International Entrepreneur Rule est reportée à 2018

– Donald Trump soutient le projet de la Federal Communications Commission (FCC) de revenir sur les règles de neutralité du net

– Les autorités américaines ont annoncé la fermeture de deux marchés illégaux en ligne

Entreprises

– Chanel remporte son procès contre Amazon après avoir détecté des contrefaçons sur la plateforme-

– La valeur de l’action de Snapchat, jugée surévaluée, chute à la bourse de Wall Street

Les médias américains s’allient pour accroître leur pouvoir de négociation face à Facebook et Google

Relais d’opinion

– Le secteur tech milite pour une réforme de la fiscalité favorable à l’innovation

Elon Musk et Mark Zuckerberg en désaccord sur l’avenir de l’intelligence artificielle


REGULATION ET GOUVERNANCE

La mise en application de l’International Entrepreneur Rule est reportée à 2018

Le Département de la Sécurité Intérieure a décidé de reporter l’entrée en vigueur du programme d’immigration « International Entrepreneur Rule » censé démarrer le 17 juillet dernier. Ce programme visait à octroyer des permis de travail temporaires de deux ans et demi renouvelables une fois à des entrepreneurs étrangers désireux de développer leurs startups aux Etats-Unis. Ce programme, aussi appelé « startup visa », compte parmi les dernières décisions prises par le Président Obama qui souhaitait offrir une alternative au visa H-1B, un programme d’immigration économique très utilisé par le secteur tech mais dont les délais, coûts et procédures étaient jugés inadaptés aux entrepreneurs. Le « startup visa » aurait permis à 3 000 entrepreneurs d’entrer aux Etats-Unis.

Le Département de la Sécurité Intérieure a justifié sa décision de reporter la mise en application au 4 mars 2018 pour s’assurer que le programme est en conformité avec le décret présidentiel du 25 janvier 2017 relatif au renforcement des règles d’immigration. Ce dernier demandait notamment au Département d’Etat d’avoir un usage au cas par cas des procédures d’immigration accélérées, lesquelles devaient s’appliquer uniquement aux situations d’urgence humanitaire. Or le « startup visa » devait s’appuyer sur l’une de ces procédures tout en étant soumis à plusieurs critères d’éligibilité, notamment le fait d’avoir levé au moins 250 000 dollars auprès d’investisseurs américains.

Trump soutient le projet de la Federal Communications Commission (FCC) de revenir sur les règles de neutralité du net

La prise de position de la Maison Blanche intervient une semaine après une journée de mobilisation des défenseurs des règles de neutralité du net, le 12 juillet 2017. Plusieurs entreprises tech, dont Google, Amazon, Facebook et Twitter, se sont manifestées aux côtés des associations de défense des consommateurs et des libertés individuelles. Cette journée de mobilisation a permis d’accroître le nombre de commentaires en ligne adressés directement à la FCC afin de demander à son président, Ajit Pai, d’abandonner son projet de reclassification des fournisseurs d’accès à Internet, lequel aboutirait notamment à la suppression des règles de neutralité du net (cf. Flash TIC n°2017-6). Au total, 9 millions de commentaires ont été enregistrés, bien que les partisans et défenseurs du projet s’accusent mutuellement d’avoir « inondé » la plateforme de textes plus ou moins similaires.

Réagissant à cette mobilisation, le président de la Commission chargée du Commerce au Sénat, John Thune (Républicain, Dakota du Sud) a expliqué qu’une régulation bipartisane relative à la neutralité du net était souhaitable au Congrès afin de stabiliser la réglementation pour les acteurs économiques. Le président de la Commission chargée des Communications et de la Technologie à la Chambre des Représentants, Greg Walden (Républicain, Oregon) partage le même point de vue et a invité, le 7 septembre 2017, plusieurs dirigeants d’entreprises tech et des télécoms afin de les entendre sur la question de la neutralité du net. De leurs côtés, les démocrates ont annoncé qu’ils ne voteraient pas une loi qui n’apporte pas les mêmes garanties que les règles actuelles de la FCC.

Les autorités américaines ont annoncé la fermeture de deux marchés illégaux en ligne

Le Département à la Justice a annoncé la fermeture de Alphabay et Hansa, deux marchés noirs présents sur le dark web, accessible via le réseau en ligne décentralisé Tor qui permet une navigation anonyme. Plus de 375 000 produits (drogues, armes, services de piratage, …) d’une valeur cumulée d’un milliard USD étaient disponibles sur Alphabay qui aurait été créé par un canadien installé en Thaïlande, lequel détiendrait plus 12,5 millions USD de biens, 700 000 USD de liquidités et 6,5 millions de monnaie virtuelle. Après son arrestation le 4 juillet 2017 et la fermeture d’Alphabay, les utilisateurs ont basculé sur Hansa, un autre marché noir du darkweb qui était déjà infiltré par les autorités néérlandaises et Europol. Avant sa fermeture fin juillet, la police a pu récupérer les coordonnées de plus de 10 000 utilisateurs de cette plateforme.    


ENTREPRISES

Chanel remporte son procès contre Amazon après avoir détecté des contrefaçons sur la plateforme d’achat

Suite à une plainte déposée en avril 2017, Chanel a obtenu d’un juge californien qu’Amazon supprime l’ensemble des produits Chanel contrefaits de son catalogue et lui reverse l’ensemble des montants restants sur les comptes des différents vendeurs incriminés. Chanel avait réclamé une compensation de 2 millions USD pour chacun des revendeurs de contrefaçons repérés sur le portail. La justice a décidé que ces derniers devraient reverser 100 000 dollars de dommages et intérêts chacun, soit un total d’environ 3 millions d’euros pour l’entreprise française. Amazon est censé transférer les fonds en les prélevant des comptes des vendeurs pour les verser à Chanel.

Cette décision de justice intervient alors qu’Amazon multiplie les annonces afin que les marques du domaine de la mode acceptent de vendre leurs produits sur sa plateforme. Amazon vient ainsi d’obtenir du groupe Nike qu’il vende directement ses produits sur le portail, ce qu’il se refusait à faire depuis des années. Les grandes Maisons de mode et les groupes de luxe se refusent pour leur part à commercialiser leurs produits en ligne. Ces marques et maisons de luxe luttent sans cesse contre la contrefaçon et tant qu’elle ne se présentera pas comme une plateforme de confiance dans ce domaine, Amazon ne devrait pas obtenir l’accord de ces grandes marques pour vendre leurs produits.

La valeur de l’action de Snapchat, jugée surévaluée, chute à la bourse de Wall Street

Le mardi 11 juillet, l’action de Snapchat a chuté de près de 9%, à 15,50 dollars, plongeant sous son prix d’introduction de 16,99 dollars. La capitalisation boursière de la startup passe ainsi de 31,7 milliards USD à 20 milliards USD.

Cette chute fait suite à la publication d’une note très critique de la part de Morgan Stanley dont les prévisions optimistes avaient pourtant soutenu le cours de l’action lors de son introduction en bourse en mars 2017. La banque a expliqué avoir surestimé la capacité de Snapchat à innover dans un contexte concurrentiel difficile où Facebook reprend avec succès les fonctionnalités clés de Snapchat. Les « Stories », courtes vidéos personnalisées et éphémères réalisées à l’aide de la caméra d’un smartphone, sont désormais disponibles sur WhatsApp, Messenger et Instagram qui totalisent plus de 250 millions d’utilisateurs alors que Snapchat est utilisé par 166 millions de personnes. Par ailleurs, Snapchat connait des difficultés à diversifier ses sources de revenus en dehors de la publicité, les Snap Spectacles – lunettes avec appareil photo intégré et connectées à l’application – lancées en 2016 n’ayant pas rencontré leur public.

Morgan Stanley a ainsi abaissé de 43% son objectif pour l’action, passant de 28 à 16 dollars. La banque a aussi réduit ses prévisions de chiffre d’affaires à 897 millions USD (-7%) et d’utilisateurs actifs à 182 millions (-2%) pour l’année 2017. Les analystes prévoient 788 millions USD de pertes brutes opérationnelles en 2017 et 815 millions USD en 2018.

Alors que Snapchat doit annoncer ses résultats pour le deuxième trimestre le 10 août 2017, la période de « lock up » expire fin juillet et permettra aux premiers actionnaires de vendre leurs titres, ce qui ouvre la possibilité d’une nouvelle baisse du cours de l’action. Au premier trimestre 2017, Snapchat avait enregistré une perte de 2,2 milliards USD.

Les médias américains s’allient pour accroître leur pouvoir de négociation face à Facebook et Google

La News Media Alliance, une association professionnelle qui représente 2 000 journaux américains dont le New York Times, le Wall Street Journal et le Washington Post, a indiqué la volonté de ses membres de négocier collectivement avec Facebook et Google et sollicite le Congrès afin qu’il vote une exemption aux lois antitrust qui pourraient invalider une telle démarche. Cette dernière s’inscrit dans un contexte concurrentiel où le marché de la publicité en ligne est détenu à 58% par Facebook et Google, selon une étude d’eMarketer. Dans le même temps, d’après le Pew Research Center, la part des revenus des médias en provenance de la publicité en ligne est passée de 17% à 29% entre 2011 et 2016. Cette situation est génératrice d’une situation de dépendance des médias en ligne qui s’appuient aussi sur les deux entreprises tech afin d’atteindre leurs publics cibles.

Facebook et Google ont rappelé leur détermination à aider les éditeurs dans leur transition numérique. Facebook explique que ses algorithmes ont notamment été améliorés afin de valoriser les contenus des éditeurs de qualité et que ses équipes réfléchissaient à un moyen de permettre aux journaux de monétiser leurs articles accessibles via la fonctionnalité Instant Articles qui permet de lire des articles de presse sans sortir du réseau social. De son côté, le Google News Lab multiplie les partenariats avec les médias afin de tester des formats de journalisme innovants sur le web. Le président de la News Medias Alliance, David Chavern, explique que malgré ces bonnes initiatives, il est nécessaire d’instaurer un rapport force plus équilibré afin d’obtenir de vraies avancées.

Les chances d’obtenir une exemption de la part du Congrès sont incertaines car la majorité républicaine souhaite limiter au possible les entorses aux règles concurrentielles et les rapports conflictuels entre l’administration actuelle et les médias pourraient ralentir les discussions. La News Media Alliance considère toutefois sa demande pleinement légitime au regard de l’importance qu’occupe les médias dans la démocratie.


RELAIS D’OPINION

Le secteur tech milite pour une réforme de la fiscalité favorable à l’innovation

Deux associations professionnelles du secteur tech, l’Information Technology Industry Council (ITI) et la TechNet, ont appelé à une réforme de la fiscalité des entreprises. Ces associations, qui représentent notamment Apple, Amazon ou Google, militent pour une transition vers un système de taxation territoriale, dans lequel les entreprises seraient imposées uniquement sur la base des revenus générés à l’intérieur du pays dans lequel elles sont installées.

Actuellement, les entreprises américaines sont imposées sur la base des revenus générés aux Etats-Unis et à l’étranger. Les entreprises peuvent cependant ne pas payer la part de l’impôt sur les revenus à l’étranger jusqu’à ce qu’ils soient rapatriés et soumis à un impôt d’environ 35%. La proposition de l’ITI ou de la TechNet revient donc à suspendre cet impôt sur les bénéfices disponibles à l’étranger afin d’inciter les entreprises à les rapatrier. Selon l’Institute on Taxation and Economic Policy, les 500 entreprises les plus riches disposent de 2,6 billions USD de liquidités à l’étranger, soit un manque à gagner de 767 milliards USD euros pour l’Etat fédéral. A elles seules, les entreprises Apple, Microsoft, Google, Cisco and Oracle disposent de 512 milliards USD de liquidités à l’étranger.  

Le secteur tech appelle aussi à une réforme fiscale stimulant la recherche et l’innovation. Le National Venture Capital Association (NVCA), une association représentant startups et investisseurs, a récemment appelé à la mise en place d’un crédit d’impôt recherche plus favorable au développement de nouveaux produits, notamment en levant les critères d’accès tels que l’âge ou la taille de l’entreprise.

Elon Musk et Mark Zuckerberg en désaccord sur l’avenir de l’intelligence artificielle

Le 15 juillet 2017, dans une intervention remarquée devant l’Association Nationale des Gouverneurs, Elon Musk a fait part de ses craintes et recommandations par rapport à l’intelligence artificielle (IA). Selon lui, l’IA pose un risque existentiel à l’humanité, évoquant notamment la menace du robot-tueur mais aussi celle d’un monde parasité par des fake news de plus en plus sophistiquées. Par IA, il n’entend pas les développements actuels, mais davantage l’éventuelle apparition d’entités super intelligentes autonomes avec leur propre « conscience ». Ce qui se développe maintenant peut aboutir à cela demain, explique Musk qui, dans le même temps, se réjouit du développement des voitures autonomes. Parmi ses recommandations, Musk estime que l’homme doit décupler ses capacités pour rester compétitif face au robot. Pour ce faire, il est nécessaire de développer des moyens de communication directe avec les machines, d’où le lancement en mars dernier de son projet Neuralink visant à créer des implants reliés au système nerveux et capables de contrôler des machines ou soigner des malades. Il explique aussi que, alors qu’il n’est pas un partisan de l’interventionnisme, l’IA fait exception : on ne peut pas attendre l’apparition d’effets négatifs pour les réparer, car ces effets peuvent être irréparables.

Quelques jours plus tard, se filmant en direct sur Facebook, Mark Zuckerberg regrettait le pessimisme de ceux qui diffusent des projections anxiogènes, les qualifiant d’irresponsables. Selon M. Zuckerberg, les développements de l’IA vont permettre d’améliorer significativement la qualité de vie des individus. Invité à réagir à ces propos, le dirigeant de Tesla a expliqué avoir discuté de la question avec le PDG de Facebook qui aurait une « compréhension limitée » des enjeux même si tous deux s’accordent à considérer le revenu universel de base comme une possible solution à l’automatisation progressive des emplois.

Le Congrès semble toutefois adopter l’approche optimiste de M. Zuckerberg. A la Chambre des Représentants, John Delaney, co-fondateur du groupe parlementaire dédié à l’IA, a expliqué qu’il préférait donner l’opportunité aux technologies de se déployer, avant d’envisager une régulation.

 

 

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