Flash Tech n°2017-10

Flash Tech n°2017-10

Crédit photo : Javier Morales

SOMMAIRE

Régulation et Gouvernance

  • Après de nouvelles confirmations par le Sénat, des nominations restent en attente
  • Propriété intellectuelle : D. Trump lance une procédure visant les pratiques de la Chine
  • Trump dissout deux conseils économiques après plusieurs démissions

Technologies

  • Elon Musk, PDG de Tesla, veut relier Washington et New York en 29 min. grâce à un « Hyperloop »

Entreprises

  • The Walt Disney Company a racheté une entreprise spécialisée dans le streaming vidéo
  • Un important investisseur de Uber a porté plainte contre l’ex-PDG
  • Google a annoncé le licenciement d’un employé ayant critiqué la politique de diversité de l’entreprise
  • Aldi s’est allié avec la startup Instacart afin de proposer un service de livraison

Relais d’opinion

  • L’extrême-droite américaine (Alt Right) prévoit une marche contre Google samedi 19 août
  • Une tribune appelle Mark Zuckerberg à expérimenter le revenu universel de base

REGULATION ET GOUVERNANCE

Après de nouvelles confirmations par le Sénat, des nominations restent en attente

Le Sénat a confirmé les nominations de Jessica Rosenworcel et Brendan Carr à la Federal Communications Commission (FCC) qui siègera désormais au complet avec trois membres républicains et deux démocrates. Les sénateurs ont reporté à la rentrée le vote concernant la reconduite du mandat du président de la FCC, Ajit Pai, qui en l’état peut mener son action jusqu’à la fin de l’année. A. Pai n’a pu bénéficier d’une procédure de vote facilitée (voice vote) du fait de l’absence de compromis avec les sénateurs démocrates qui ne partagent pas les positions d’A. Pai sur les règles de neutralité du net.

Par ailleurs, l’agence interne au Department of Commerce qui conseille D. Trump sur les questions relatives aux télécommunications, la National Telecommunications and Information Administration (NTIA), est dans l’attente de la confirmation de son responsable, David Redl. Plusieurs sénateurs républicains ont demandé à obtenir davantage de précisions sur la manière dont D. Redl comptait préserver les intérêts américains après la transition vers une gouvernance multipartite de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN).

Enfin, D. Trump n’a pas encore nommé de directeur pour la White House Office of Science and Technology Policy (OSTP) qui accueille aussi les équipes du Chief Technology Officer (CTO) de la Maison Blanche, également en attente d’une nomination. Les équipes de l’OSTP sont ainsi réduites à un effectif d’une trentaine de collaborateurs. Certains observateurs s’interrogent sur les responsabilités relatives du Bureau – qui était un organe de réflexion important sous la présidence Obama – et de l’Office of American Innovation, entité nouvellement créée et dirigée par J. Kushner, conseiller et gendre de D. Trump.

Propriété intellectuelle : D. Trump lance une procédure visant les pratiques de la Chine

Le mémorandum signé par D. Trump concrétise des prises de position répétées ciblant les pratiques supposées de la Chine en matière de vol de propriété intellectuelle des Etats-Unis. La procédure enclenchée permet d’éviter aux entreprises d’intenter une action de leur propre chef contre la Chine. De nombreux médias rapportent les contraintes des entreprises tech américaines qui, pour accéder au marché chinois, doivent souvent s’associer à une entreprise locale sous la forme de joint-venture ou bien d’établir des partenariats en recherche et développement avec les autorités chinoises. Ces observateurs remarquent que Qualcomm, Intel, IBM, Advanced Micro Devices, Microsoft, ou encore Amazon sont tous dans des situations de partenariat, alors que le géant chinois Alibaba dispose de deux centres de données aux Etats-Unis, sans partenaire local.

Trump dissout deux conseils économiques après plusieurs démissions

Cette décision, annoncée sur Twitter, a fait suite aux démissions d’une dizaine de membres du Manufacturing Council et du Strategic and Policy Forum, parmi lesquels les PDG de General Electric, Blackstone, Merck, Intel, et 3M. Ces démissions sont intervenues à la suite des propos de D. Trump qui avait considéré, dans une première réaction aux événements, que la responsabilité des violences à Charlottesville se trouvait « des deux côtés ». Par la suite, D. Trump est revenu un temps sur ses propos pour condamner clairement le Ku Klux Klan et les suprémacistes blancs, avant finalement de réaffirmer sa première position le mardi 15 août. Dès le lendemain, plusieurs PDG ont signifié leur intention de démissionner collectivement, ce qui a conduit D. Trump a devancé leur initiative.


TECHNOLOGIES

Elon Musk, patron de Tesla et SpaceX, veut relier Washington et New York en 29 minutes grâce à un « Hyperloop »

L’annonce a été faite fin juillet 2017 sur Twitter où E. Musk affirmait avoir obtenu un accord verbal des autorités, lesquelles n’ont pas confirmé, l’obligeant à préciser que la formalisation d’un accord nécessitera du temps. L’hyperloop se définit comme un moyen de transport ultrarapide à sustentation magnétique dans un conduit ou tube dépressurisé. The Boring Company, l’entreprise créée pour ce projet, a estimé que les capsules qui transporteraient des personnes ou marchandises, circuleraient dans les tunnels dépressurisés à une vitesse pouvant atteindre 1000 km/h. L’idée moderne d’un Hyperloop a été développée par E. Musk dès 2013, sans déposer de brevets, préférant appeler les acteurs intéressés à se lancer dans ce défi. Plusieurs entreprises ont depuis développé des prototypes, le plus avancé étant celui de Hyperloop One. Récemment, l’entreprise a réalisé avec succès la propulsion d’une capsule de 8,5 mètres de long à 310 km/h sur une distance longue de 500 mètres dans un tunnel dépressurisé de 3,3 mètres de diamètre installé dans le désert du Nevada. Si ce type d’exercice démontre une certaine faisabilité, les défis techniques relatifs à la pressurisation sur de longues distances et à la sécurité des passagers en milieu cloisonné viennent s’ajouter au défi d’aménagement du territoire car le développement de l’Hyperloop pourrait nécessiter des investissements en infrastructures similaires à ceux du ferroviaire.


ENTREPRISES

The Walt Disney Company rachète une entreprise spécialisée dans le streaming vidéo afin de retirer ses contenus de Netflix

The Walt Disney Company a annoncé le rachat de BamTech pour un montant de 1,58 Md USD. Disney avait déjà investi un milliard USD il y a un an dans cette entreprise spécialisée dans le streaming vidéo, désormais détenu à hauteur de 75% par le géant du divertissement qui a l’intention d’ouvrir ses propres plateformes de streaming.

Une première plateforme de vidéos en ligne est attendue en 2018 et devrait diffuser les contenus de la chaîne ESPN, leader de l’événementiel sportif sur la télévision câblée. Par la suite, une seconde plateforme de divertissement sera lancée sur laquelle seront disponibles les productions du groupe Disney. Le groupe mettrait alors un terme aux droits de redistribution en ligne accordés à Netflix qui négocie dès à présent le maintien de produits phares sur sa plateforme. Cette stratégie de Disney visant à contrôler le circuit de distribution jusqu’au client s’expliquerait par la difficulté grandissante à générer davantage de revenus via les chaînes câblées payantes, lesquelles peinent à recruter plus abonnées alors que les coûts liés à la retransmission d’événements sportifs sont de plus en plus élevés. Sachant le poids de l’entreprise et le fait que d’autres groupes ont opté pour ce type de stratégie de réintégration (CBS, Time Warner), la décision de Disney semble confirmer une tendance de marché.

 Un important investisseur de Uber porte plainte contre l’ex-PDG

Benchmark Capital a déposé plainte contre l’ex-PDG de l’entreprise, Travis Kalanick. Ce dernier, qui siège toujours au conseil d’administration avec 16% des droits de vote, est accusé de fraude en omettant de partager un certain nombre d’informations sensibles qui aurait éclairé la décision du conseil d’administration avant de lui accorder un pouvoir de nomination élargi à trois sièges. Après sa démission en juin dernier, T. Kalanick s’était engagé à obtenir l’accord préalable des autres membres pour confirmer ses nominations. T. Kalanick serait revenu sur son engagement, suggérant une volonté de récupérer son poste. Benchmark Capital, qui dispose de 20% des droits de vote, estime que T. Kalanick devrait se retirer du conseil d’administration afin d’éviter une nouvelle dépréciation de la valeur de l’entreprise. Tous les membres du conseil à l’exception de T. Kalanick et du représentant de Benchmark Capital, ont invité les deux parties à régler leur différend de manière coopérative et rapidement afin que cela ne perturbe pas la recherche d’un compromis sur le nom d’un nouveau PDG capable de réformer la culture de l’entreprise.

Google a annoncé le licenciement d’un employé ayant rédigé un document critique sur la politique de diversité de l’entreprise

L’ingénieur concerné, James Damore, avait rédigé un document qui était diffusé en interne depuis plusieurs semaines avant de fuiter sur les réseaux sociaux le vendredi 4 août, suscitant un élan d’indignation. Dans sa note, l’employé évoquait notamment l’existence de différences biologiques qui expliqueraient en partie la sous-représentation des femmes (30% des effectifs de l’entreprise). La diffusion de ce mémo intervient dans un contexte où l’on reproche au secteur tech de ne pas embaucher assez de femmes ingénieures et de laisser se diffuser une culture sexiste en interne.

Damore a réagi dans la presse en dénonçant un licenciement politique qui illustre l’impossibilité d’un dialogue ouvert sur ces questions et l’humiliation des employés ne partageant pas les opinions dominantes de l’écosystème tech. Plusieurs experts en diversité ont regretté l’opportunité manquée pour Google de réaffirmer son engagement en faveur de la diversité tout en s’attachant à ouvrir un dialogue avec ses employés sceptiques afin de ne pas opposer liberté d’expression et promotion de la diversité.

Aldi s’est allié avec la startup Instacart afin de proposer un service de livraison de produits frais et ainsi faire face à Amazon

A travers ce partenariat, les clients de l’enseigne de supermarchés discounts allemands pourront faire leurs courses sur le site internet ou l’application mobile de Instacart qui s’occupera de la livraison, promise en moins d’une heure. Instacart se rémunère via des frais de livraison et a déjà établi d’autres partenariats avec les distributeurs Wegmans, Publix ou Ahold Delhaize. Dans un premier temps, cette collaboration sera expérimentée à Los Angeles, Atlanta et Dallas avant une éventuelle généralisation dans un contexte où les grandes surfaces sont de plus en plus concurrencées par Amazon qui cherche à constituer un réseau de supermarchés physiques et vient de lever 16 Mds USD de dette sur les marchés financiers pour financer son rachat de Whole Foods (cf. Flash Tech n°2017-8). Aldi a ainsi également annoncé vouloir renforcer sa présence aux Etats-Unis en investissant jusqu’à 5 Mds USD. Selon une étude du Food Marketing Institute réalisée en janvier 2016, la part des aliments et boissons achetés en ligne devraient passer de 4,3% à 20% des ventes totales, entre 2016 et 2025. En 2016, les ventes liées aux courses en ligne s’élevaient à près de 20,5 Mds USD.


RELAIS D’OPINION

L’extrême droite américaine prévoit une marche contre Google samedi 19 août

La « March on Google » devrait avoir lieu dans les villes où Google a des bureaux. Plusieurs figures d’extrême droite ont également appelé au boycott de l’entreprise et se sont mobilisées pour aider l’employé licencié. Wesearchr, un site de fundraising d’extrême droite a ainsi récolté plus de 47 000 USD pour le soutenir. Les militants reprochent à Google d’avoir bafoué le principe de liberté d’expression. Dans le New York Times, le journaliste Evin Roose a expliqué que cette démarche contre Google s’inscrivait dans le cadre d’une mobilisation plus large de l’extrême droite contre les acteurs de la Silicon Valley auxquels on reproche de prendre part à une bataille culturelle entre visions conservatrice et progressiste sur plusieurs enjeux de société. Selon les militants d’extrême droite, de nombreuses entreprises tech procèderaient à des actions de « censure » parmi lesquelles le bannissement de plateformes de crowdfunding ou des biais dans les algorithmes qui viseraient à limiter la visibilité des militants sur Internet. Il y a quelques jours, Airbnb confirmait avoir annulé les réservations de suprémacistes blancs à Charlottesville qui avaient loué plusieurs maisons afin de célébrer leur mouvement. Airbnb a expliqué que ce type de rassemblement violait les engagements de l’entreprise envers ses clients.

Une tribune appelle Mark Zuckerberg à expérimenter le revenu universel de base

Dans un édito de l’édition américaine du Financial Times, John Thornhill, a expliqué en quoi Facebook devrait financer l’expérimentation du revenu universel de base alors que Mark Zuckerberg s’était dit favorable au principe afin d’anticiper les bouleversements majeurs attendus sur le marché du travail du fait de la technologie. Dans son article, J. Thornhill remet en cause l’idée selon laquelle les mécanismes de redistribution des richesses devaient être gérés par les autorités. Selon lui, une entité privée profitable, quasi-monopolistique et dont les perspectives de croissance liée à l’exploitation gratuite des données personnelles de plus de 2 milliards d’utilisateurs sont fortes, pourrait contribuer directement à l’effort de redistribution. Pareille initiative permettrait au secteur tech de créer davantage de cohérence entre son discours autour d’un monde meilleur grâce à la technologie et sa préférence pour une autorégulation du secteur. Sur la faisabilité du tel dispositif, le journaliste renvoie à l’Alaska Permanent Fund (APF) qui est un fonds inscrit dans la constitution de l’Etat fédéré en 1976. L’APF est abondé par une partie des revenus (au moins 25%) du pétrole et du gaz placés dans des investissements prudents. Les revenus d’actifs sont ensuite redistribués directement à l’ensemble des personnes qui résident dans l’Etat depuis plus de 5 ans. Le montant annuel par tête varie entre 878 et 2 072 dollars : « assez bas pour ne pas inciter à l’oisiveté et assez significatif pour réduire le taux de pauvreté », explique J. Thornhill qui recommande de mettre en place un Facebook Permanent Fund.

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