Flash Politique commerciale n°2017-06

Flash Politique commerciale n°2017-06

SOMMAIRE

ADMINISTRATION

Les deux premières semaines d’avril ont été marquées par la visite du Président chinois Xi Jinping qui a rencontré Donald Trump pour la première fois en Floride.

DEBATS AU CONGRES

Le Congrès n’étant pas en session jusqu’au 24 avril, le processus de confirmation des membres de la nouvelle administration est à l’arrêt.

PARTIES PRENANTES

Boeing, et une grande partie de l’industrie aéronautique américaine, se sont déclarés en faveur d’une « border adjustment tax ».

RELAIS D’OPINION

La presse américaine estime que Donald Trump va adopter une politique commerciale bien plus conventionnelle que ce que ses propos de campagne avaient laissé anticiper.

ADMINISTRATION

Le Président chinois a rencontré Donald Trump pour la première fois les 6 et 7 avril.

Lors d’un entretien avec le Financial Times publié le 2 avril, le Président américain a évoqué la nécessité pour la Chine de coopérer avec les Etats-Unis vis-à-vis de la Corée du Nord et a expliqué que l’incitation à la collaboration serait le commerce (« I think trade is the incentive. It is all about trade. ») À une question sur une éventuelle montée des droits de douane sur les produits chinois, D. Trump a décliné de répondre dans l’immédiat (« I don’t want to talk about tariffs yet, perhaps the next time we meet. »)

Les Présidents chinois et américain n’ont pas tenu de conférence de presse à l’issue du sommet, ni adopté de communiqué bilatéral. L’objectif clairement affiché côté américain était le rééquilibrage de la relation commerciale bilatérale. Les deux parties se sont engagées sur un « plan à 100 jours » pour résoudre le déséquilibre commercial. A l’issue du sommet, le Président américain a exprimé sa satisfaction via Twitter (« Tremendous goodwill and friendship was formed… ») tout en soulignant que la politique commerciale demeure un sujet de vigilance (« … but only time will tell on trade. »)

Le jour de l’arrivée du Président chinois Xi aux Etats-Unis, China Daily, une organisation gouvernementale, a acheté deux pages entières de publicité dans plusieurs grands journaux américains, dont le Wall Street Journal. Dans le WSJ, China Daily a publié des articles louant le leadership chinois (« The Voice of calmness in a sea of troubles »), niant la responsabilité chinoise dans les difficultés économiques américaines (« Trump critique ‘is a stretch’ ») et approuvant le choix de Terry Branstad comme Ambassadeur à Pékin (« Envoy choice bodes well for trade »). L’éditorial, rédigé par He Yafei, un ancien Vice-Ministre des Affaires étrangères chinois, appelle à une coopération sino-américaine renforcée et formule les propositions pour résorber au moins en partie le déficit commercial des Etats-Unis (« perhaps the U.S. can reduce its trade deficit by increasing its exports to China, by, among others things, supplying surplus shale gas and oil and lifting the ban on some of the dual-use goods. »)

Le 11 avril, le Président américain a affirmé sur Twitter que si la Chine coopérait avec les Etats-Unis pour résoudre la crise géopolitique nord-coréenne, elle obtiendrait un « meilleur accord commercial » (« I explained to the President of China that a trade deal with the U.S. will be far better for them if they solve the North Korean problem! »)

Lors d’un entretien avec le Wall Street Journal le 12 avril, le Président américain a annoncé que la Chine ne serait pas déclarée comme étant un Etat manipulant sa devise dans le rapport sur les changes du Treasury dont la publication est imminente. Il a justifié cette décision en expliquant que la Chine a depuis longtemps cessé de manipuler sa monnaie et que le fait de la désigner comme Etat manipulant sa devise aurait pu remettre en question le dialogue sino-américain engagé sur la Corée du Nord (« They’re not currency manipulators. »)

Tant les nominations que les initiatives en matière commerciale – en particulier les Executive orders semblent marquer une inflexion par rapport au discours de campagne.

L’United States Trade Representative (USTR) a publié le 3 avril son 32e National Trade Estimate Report on Foreign Trade Barriers. Ce document annuel analyse les barrières commerciales qu’opposent les partenaires des Etats-Unis aux produits américains. Le rapport critique tout particulièrement les barrières commerciales digitales chinoises et le plan gouvernemental « Made in China 2025 ». L’USTR s’inquiète également de surcapacités chinoises dans le secteur de la soude (soda ash), comparant la situation à celle de l’aluminium et de l’acier. Si une part importante du rapport est consacrée à l’Union Européenne (46 pages), aucun pays de l’UE ne figure dans le résumé du rapport, qui met en lumière les principaux développements de l’année écoulée.

Le 31 mars, Donald Trump a signé deux Executive Orders – des textes de nature règlementaire – en matière de politique commerciale. Le premier « Regarding the Omnibus Report on Significant Trade Deficits » ordonne la réalisation d’un audit de tous les importants déficits commerciaux bilatéraux des Etats-Unis dans un délai de 90 jours (avant le 30 juin). Ce rapport doit être réalisé conjointement par l’USTR et le Department of Commerce. L’objectif est d’identifier les pays avec lesquels les Etats-Unis ont une relation commerciale déséquilibrée « de manière significative » et d’exposer les causes de ce déséquilibre et son impact sur l’emploi et les salaires aux Etats-Unis. Le second « On Establishing Enhanced Collection and Enforcement of Antidumping and Countervailing Duties and Violations of Trade and Customs Laws » a pour but de récolter les 2,3 Mds d’USD de droits anti-dumping et antisubventions dus qui n’ont pas été collectés par l’administration américaine.

Lors d’un entretien avec des journalistes la veille de la publication de l’Executive Order annonçant un audit des déséquilibres commerciaux concernant les Etats-Unis, le Secretary of Commerce W. Ross a cité une liste de 16 pays qui feront l’objet d’une grande attention de l’administration : la Chine (347 Mds d’USD d’excédent commercial selon les données américaines en 2016), le Japon, l’Allemagne, le Mexique, le Vietnam, l’Italie, la Corée du Sud, la Malaisie, l’Inde, la Thaïlande, la France, la Suisse, Taiwan, l’Indonésie et le Canada (11 Mds d’excédent en 2016). Il a ajouté que dans certains cas, il existait des raisons « légitimes » derrière l’excédent commercial de ces pays (« This is not meant to say that everybody on this little list is an evil doer. That’s not the case. »)

Selon Politico, l’administration américaine réfléchirait à un nouvel Executive Order qui aurait pour objectif de déterminer dans quelle mesure les subventions ou les pratiques de dumping des pays tiers auraient contribué à l’apparition d’un déficit commercial américain sectoriel, concernant un produit spécifique. Si cela se confirmait, la Chine serait alors le premier pays visé en raison de l’ampleur de ses surcapacités dans le domaine de l’acier, sujet déjà très conflictuel sous l’administration Obama. D’autres points de tension subsistent, comme l’investissement chinois dans le secteur des semi-conducteurs et dans les nouvelles technologies.

Les détails de la feuille de route de l’administration quant à la renégociation de l’ALENA ont été diffusés au sein du Congrès et analysés par la presse. Il est à noter que le document ne comprend aucune mention de la menace du Président de se retirer de l’accord de libre-échange en cas de non-atteinte de ses objectifs. De façon surprenante, le document n’évoque pas non plus les questions de change, sujet qui a pourtant été longuement discuté lors de la campagne. Il s’agirait plutôt d’une mise à jour, qui ajouterait des dispositions relatives au e-commerce, aux normes sociales et environnementales, dans le même esprit que le Partenariat Transpacifique, observation qui a été formulée par de nombreux membres de la précédente administration. L’administration avait initialement déclaré vouloir envoyer une notification officielle au Congrès mi-mars afin d’être en mesure de commencer la renégociation de l’ALENA 90 jours plus tard, mais le processus a pris du retard et la notification n’a pas, à ce jour, été envoyée.

Gilbert Kaplan, un avocat spécialisé en droit commercial, issu du cabinet King & Spalding, a été choisi pour le poste d’Undersecretary of Commerce for International Trade le 11 avril. Il sera chargé de superviser les activités de promotion des exportations et les recours commerciaux. M. Kaplan a travaillé par le passé au DoC, où il a exercé les fonctions de Acting Assistant Secretary of Commerce for Import Administration et Director of the Office of Investigations (chargé de la mise en oeuvre au jour le jour des instruments de défense commerciale). Il a été l’un des principaux négociateurs de l’accord Etats-Unis-Japon sur les semi-conducteurs en 1986.

Enfin, lors de son entretien avec le Wall Street Journal le 12 avril, M. Trump a annoncé qu’il soutenait dorénavant l’Export-Import Bank, contrairement à ce qu’il avait indiqué lors de la campagne et qu’il avait l’intention de nommer deux nouvelles personnes au Conseil d’administration de l’EXIM Bank Instinctively, you would say, ‘Isn’t that a ridiculous thing’. But actually, it’s a very good thing. And it actually makes money, it could make a lot of money. »)

DEBATS AU CONGRES

Le Congrès n’étant pas en session jusqu’au 24 avril, le processus de confirmation des membres de la nouvelle administration est à l’arrêt.

A quelques jours de la publication très attendue du rapport sur la manipulation des changes du Treasury Department, Chuck Schumer le Minority Leader démocrate du Sénat a organisé une rencontre avec des journalistes pour dénoncer le « non-respect des engagements de campagne sur la Chine » de l’administration (« one of the four or five largest reasons he was elected »), jugeant le sommet de Mar-a-Lago « décevant » (« We Senate Democrats are willing to work with [Trump] to push back on the Chinese. So we’re urging the president to keep his promise on China and get tough. He can do so on his own, unilaterally, in a few key areas. ») M. Schumer a de plus déclaré que le fait que la Chine intervienne actuellement pour soutenir sa monnaie et non pour en faire baisser le cours ne devrait pas empêcher l’administration de déclarer cet Etat comme « manipulateur de devise » (« The bottom line is … they will go back to manipulating it to their advantage and our disadvantage as soon as market conditions change. »)

Le vote de confirmation sur la nomination de Robert Lighthizer, la personnalité choisie par le Président pour le poste d’United States Trade Representative, n’a toujours pas été programmé. Le Congrès ne revenant à Washington que le 24 avril, il est probable que le vote définitif en plénière n’ait lieu qu’en mai.

PARTIES PRENANTES

Boeing, et une grande partie de l’industrie aéronautique américaine, se sont déclarés en faveur d’une « border adjustment tax ».

Le Seattle Times a consacré une longue analyse à la décision de Boeing et de l’Aerospace Industries Association (330 entreprises) de soutenir la « border adjustment tax » et de faire du lobbying en faveur du projet. Alors que le Department of Commerce de l’Etat de Washington est en général sur la même ligne que Boeing, Brian Bolender, son directeur s’est alarmé de la possibilité de représailles commerciales en cas de mise en oeuvre d’une BAT (« This kind of thing could start a trade war. It’s very unpredictable. We, as the most trade-dependent state in the country, are likely to be the most impacted by unintended consequences. ») Pour le Seattle Times, le soutien de Boeing pour la BAT s’explique par le fait que le projet comprend une baisse significative du taux de l’impôt sur les sociétés et une déductibilité immédiate des investissements. Le journal rappelle cependant que nombre des sous-traitants de Boeing travaillent dans le cadre d’une chaîne de valeur intégrée au niveau mondial.

RELAIS D’OPINION

La presse américaine a récemment consacré de nombreux articles au décalage entre le discours de D. Trump en matière commerciale et son action.

Dans une chronique intitulée « Trump is wimping out on trade », Paul Krugman estime que le Président ne va pas mettre en oeuvre la politique très offensive qu’il a annoncée lors de la campagne (« Business seems to have decided that Mr. Trump is a paper tiger on trade »), citant notamment la remontée du peso, dont la valeur par rapport au dollar avait chuté de 16% suite à l’élection, comme signal des attentes des marchés. Pour le Prix Nobel d’économie, ce comportement de l’administration s’expliquerait par la réalisation que les politiques annoncées en matière commerciale seraient contre-productives, notamment pour des secteurs très intégrés au sein de l’ALENA comme l’automobile. Si P. Krugman souligne l’impact du « China shock » sur l’emploi aux Etats-Unis, il estime que renverser la tendance de la mondialisation mènerait à un « Trump shock ».

Dans « After calling Nafta « Worst trade deal », Trump appears to soften stance », le New York Times se base sur les documents transmis par la Maison Blanche au Congrès concernant la renégociation de l’ALENA pour estimer que le Président a revu à la baisse ses ambitions quant à un accord de libre-échange qu’il a vivement décrié par le passé. Le journal new-yorkais reporte cependant que le Mexique, anticipant des négociations difficiles, compte utiliser le maïs comme monnaie d’échange. Le maïs est en effet la principale exportation agricole des Etats-Unis vers le Mexique (2,6 Mds d’USD). Le gouvernement mexicain cherche à diversifier ses fournisseurs, se tournant notamment vers l’Argentine et le Brésil. Le NYT souligne l’importance de ce marché pour les agriculteurs américains de la Corn Belt, qui ont massivement voté pour le Président lors de l’élection présidentielle.

Selon Bloomberg, le flux des délocalisations vers le Mexique, qui s’était quasiment interrompu depuis l’élection de Donald Trump a repris, citant l’exemple d’Illinois Tool Works qui ferme son usine de pièces destinées au secteur automobile implantée à Mazon (Illinois) pour en ouvrir une autre à Ciudad Juarez. De même Triumph Group, un sous-traitant de Boeing, réduit ses effectifs à Spokane (Washington) pour s’installer en Basse-Californie. L’emploi manufacturier au Mexique a augmenté de 3,2% en un an, tandis qu’il a baissé de 0,3% aux Etats-Unis.

L’échec de la réforme d’Obamacare amène la presse américaine à imaginer un sort comparable pour d’autres éléments clé du programme de la nouvelle administration. Ainsi, Politico juge probable qu’à l’instar de la réforme de santé, le problème de « l’absence de substance » se pose lors de la renégociation de l’ALENA (« Like Obamacare, NAFTA is an imperfect deal, but not the unmitigated disaster that Trump pretends it is—and, as with Obamacare, any fix would involve difficult trade-offs through a painstaking process that would create winners and losers. ») Pour Politico, le ton hyperbolique du Président a tendance à lui nuire quand il s’agit de mettre en place des politiques publiques concrètes étant donné qu’il crée des attentes inatteignables. Le magazine souligne de plus que si les Républicains étaient unanimes dans leur condamnation d’Obamacare, c’est loin d’être le cas sur l’ALENA.

Pour les médias américains, le possible retour vers une politique commerciale « plus traditionnelle » résulterait de la domination croissante de la faction « pro-business » de la Maison Blanche sur la faction nationaliste.

Le New Yorker a consacré un article à la relative perte d’influence de Stephen Bannon au sein de la Maison Blanche, affirmant qu’il était en train d’être supplanté par les « globalists ». Son renvoi du National Security Council a été interprété comme un signal fort de son affaiblissement face à une coalition rassemblant Gary Cohn, ex-PDG de Goldman Sachs et National economics adviser du Président et Jared Kushner. Le magazine estime que cette tendance rassure l’establishment de Washington en promouvant un retour à un ensemble de politiques traditionnelles : l’atlantisme, le libre-échange, l’interventionnisme américain dans le monde, etc. Le New Yorker présente la lutte d’influence au sein de la Maison Blanche comme représentant l’ambiguïté de D. Trump : « The question has always been, Which Trump will win out: the nationalist rabble-rouser [agitateur] or the avatar of global capitalism? It is still too early to say for sure. But the evidence is pointing in one direction, and the outcome of the meeting with President Xi may well confirm it. »

Breitbart news, le site dont Stephen Bannon était le rédacteur en chef avant de rejoindre l’équipe de D. Trump, dénonce le recrutement de personnalités pro-libre-échange à des postes clé (« Donald Trump’s pick for top economic adviser is pro-immigration, pro-outsourcing ») et la coalition « globaliste » (« Barack Obama and Angela Merkel plan globalist reunion at Brandenburg Gate »). La première critique résulte de la désignation de Kevin Hassett pour le poste de Chairman du Council of Economic Advisers, à qui Breitbart reproche ses positions pro-immigration et hostiles au protectionnisme. Breitbart partage l’analyse des médias plus traditionnels, estimant qu’il s’agit là d’une victoire de la faction « secteur privé » de la Maison Blanche contre les « nationalistes » (« If Hassett is confirmed, that will be a win for the corporatist, business-first faction in Trump’s White House, which fights for influence in the Oval Office against the populist, America-first faction that helped Trump win the election in November. »)

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