Flash Politique commerciale n°2017-8

Flash Politique commerciale n°2017-8

SOMMAIRE

Administration

L’administration Trump s’est réjouie de l’accord conclu avec la Chine, tout en s’inquiétant de la position dominante de ce pays dans le secteur des semi-conducteurs. Elle poursuit sa démarche d’état des lieux des « déficits commerciaux bilatéraux significatifs ».

Débats au Congrès

Un vote du Sénat est finalement venu entériner la nomination de Robert Lighthizer au poste d’USTR.

Parties prenantes

Des grandes entreprises, tant américaines qu’étrangères, s’engagent à investir et créer des emplois aux Etats-Unis.

Relais d’opinion

L’ALENA et le changement de statut de Peter Navarro ont suscité l’intérêt de la presse américaine spécialisée au cours des deux dernières semaines.


Administration

L’administration Trump s’est réjouie de l’accord conclu avec la Chine, tout en s’inquiétant de la position dominante de ce pays sur le secteur des semi-conducteurs.

L’administration Trump a annoncé dans la nuit du 11 au 12 mai que la Chine avait accepté de faire plusieurs concessions aux Etats-Unis en matière commerciale. Cette annonce intervient quasiment un mois après le sommet sino-américain au cours duquel la Chine s’est engagée à tenter d’apporter des réponses à certaines des revendications des Etats-Unis dans un délai de 100 jours. La Chine a promis qu’elle allait lever son embargo sur le bœuf américain – mis en place suite à la crise de la vache folle – et commencer à s’ouvrir aux entreprises étrangères de système de paiement et de notation de crédit. Ces engagements ont été présentés par Wilbur Ross, le Secretary of Commerce, comme étant « les résultats initiaux » du dialogue de 100 jours entre les pays. Pour rappel, la Chine s’était déjà engagée plusieurs fois par le passé à ouvrir ces marchés, sans l’avoir jamais fait.

Wilbur Ross, Commerce Secretary, évalue la possibilité d’ouvrir une procédure dite de « section 232 » dans le secteur des semi-conducteurs, évoquant des considérations de sécurité nationale. Il a déjà lancé une telle initiative dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium. Il a notamment exprimé son inquiétude quant au programme d’investissements dans la tech « China 2025 » : « Semiconductors are one of our shining industries, but they have gone from substantial surplus to the beginnings of a deficit. China has a $150 billion program to take that much further between now and 2025. That is scary. » Le principal lobby américain du secteur, Semiconductor Industry Association (SIA), s’est déclaré opposé au déclenchement d’une procédure 232, craignant des représailles commerciales en raison de la dépendance du secteur aux exportations (80% de la production américaine de semi-conducteurs sont exportés). De plus, SIA estime que l’industrie n’a pas un déficit commercial de 2,4 Mds d’USD (données du Commerce Department), mais un excédent de 6,4 Mds d’USD : certains produits notamment liés à l’énergie solaire ne devraient pas être comptabilisés comme des semi-conducteurs.

L’administration poursuit sa démarche d’état des lieux des « déficits commerciaux bilatéraux significatifs ».

En réponse à la consultation lancée dans le cadre de son état des lieux sur les « déficits commerciaux bilatéraux significatifs », pour laquelle la date limite de soumission de contributions était le 10 mai, l’administration a reçu une soixantaine de réponses. Parmi les Etats contributeurs, le Mexique a publié un document de 11 pages, expliquant le déficit commercial américain vis-à-vis du Mexique par l’intégration transfrontalière des chaînes de production (« Mexico is the main supplier for many U.S. industries, and this supplier relationship naturally creates trade deficits. Imports from Mexico enable U.S. manufacturers to remain competitive in global markets, enhancing their ability to export to other countries and to provide American consumers with high quality goods at more competitive prices. »). L’Union Européenne estime que le déficit commercial américain par rapport à l’UE reflète d’abord la meilleure santé relative de l’économie américaine (« One of the main drivers of the increased EU-U.S. imbalance in goods trade over the last years is that the U.S. economy has rebounded relatively quickly and robustly from the ‘great recession’ of 2009, while the EU is experiencing a more protracted period of necessary fiscal adjustment and subdued growth. ») Plusieurs lobbies américains ont défendu les déficits commerciaux dans leur lettre – notamment Business Roundtable, l’American Apparel and Footwear Association et la National Retail Federation – de même que des think tanks, comme le Peterson Institute. Certaines industries ont, à l’inverse, écrit au Commerce Department pour demander un renforcement de la lutte contre les pratiques commerciales déloyales qui seraient à l’origine du déficit commercial (Florida Tomato Exchange, Wine Institute). Une audition sur ce sujet aura lieu le 18 mai et le rapport devrait être publié avant le 29 juin.

Débats au Congrès

Robert Lighthizer a bénéficié d’un vote de confirmation du Sénat bipartisan lui permettant d’accéder à la fonction-clé d’United States Trade Representative (USTR).

Après plusieurs mois d’attente, le Sénat a fini par confirmer Robert Lighthizer au poste d’United States Trade Representative le 11 mai, par un vote bipartisan (82-14). Il s’agit là d’un événement décisif pour la politique commerciale américaine dans la mesure où de nombreuses initiatives du nouveau gouvernement, en particulier la renégociation de l’ALENA, ont été mises en attente en l’absence d’un négociateur commercial en chef. R. Lighthizer bénéficie de soutiens chez les démocrates, comme en témoignent les propos du Sénateur Ron Wyden (Dém. – Oregon) suite à sa nomination (« It is clear that Mr. Lighthizer not only understands how the global trading system works, but also how it sometimes breaks down. He understands the U.S. role in the world, and he understands the challenges that trade cheats pose for American workers and businesses. ») En revanche, certains républicains comme John McCain (Arizona) et Ben Sasse (Nebraska) se sont opposés à la nomination du nouvel USTR, estimant qu’il ne semblait pas « comprendre tous les avantages économiques de l’ALENA ».

Un groupe bipartisan de 10 sénateurs a adressé une lettre au Commerce Department et à l’USTR, s’inquiétant des restrictions chinoises de plus en plus contraignantes pour les entreprises américaines dans le secteur du cloud. Les Sénateurs invitent l’administration à se saisir de cette question dans le cadre du nouveau Dialogue ouvert avec la Chine. John Cornyn (Texas) et John Thune (Dakota du Sud), deux des principaux responsables républicains au Sénat figurent parmi les signataires de la missive.

Parties prenantes

Des grandes entreprises, tant américaines qu’étrangères, s’engagent à investir et créer des emplois aux Etats-Unis.

Le 3 mai, le PDG d’Apple, Tim Cook, s’est engagé à créer un fonds d’1 Md USD dans le but d’investir dans des technologies de fabrication avancées permettant de générer des emplois américains dans le secteur manufacturier. Le premier investissement de ce fonds devrait être annoncé d’ici la fin du mois de mai. T. Cook a affirmé qu’il s’attendait à ce que ces investissements aient un effet d’entraînement et créent d’autres emplois (« By doing that, we can be the ripple in the pond. Because if we can create many manufacturing jobs around, those manufacturing jobs create more jobs around them because you have a service industry that builds up around them. ») Le PDG d’Apple a expliqué cette décision par l’attachement de son entreprise à certaines valeurs et sa volonté de contribuer (« give back ») à la société américaine (« A lot of people ask me, ‘Do you think it’s a company’s job to create jobs?’ and my response is [that] a company should have values because a company is a collection of people. And people should have values, so by extension, a company should. And one of the things you do is give back. ») Ces propos font écho à ceux de Rohit Khanna, le Représentant Démocrate de la 17ème circonscription de Californie qui comprend une partie de la Silicon Valley dont le siège social d’Apple. En effet, l’élu démocrate, entré au Congrès en janvier 2017, a fait de la nécessité pour les entreprises de la Silicon Valley de faire partager le reste du pays de leur bonne fortune, le cœur de son message. Ces prises de position interviennent dans un contexte où le Président souligne très fréquemment la responsabilité des entreprises américaines de créer des emplois aux Etats-Unis.

Le 2 mai, l’entreprise indienne Infosys, spécialisée dans la fourniture de services informatiques, s’est engagée à créer 10 000 emplois aux Etats-Unis. L’Indiana, Etat dont le Vice-Président Mike Pence est l’ancien gouverneur, devrait être le premier territoire à bénéficier de cette initiative, avec un objectif de 2 000 employés en 2021. L’entreprise est connue pour son usage extensif du dispositif H-1B qui permet de donner des visas de travail à des personnes étrangères très qualifiées pour qu’elles puissent travailler aux Etats-Unis.

La relation commerciale sino-américaine suscite toujours autant l’intérêt outre-Atlantique.

Le 2 mai, Dan Rosen, fondateur du cabinet d’analyse stratégique Rhodium Group, a expliqué lors d’un événement consacré à la Chine, organisé par l’US Chamber of Commerce, que les investissements chinois aux Etats-Unis ont atteint un niveau record en 2016 (46 Mds d’USD), soit l’équivalent de quatre fois les investissements américains en Chine. En termes de stock, les investissements américains en Chine demeurent deux fois plus importants que les investissements chinois aux Etats-Unis. Selon D. Rosen, les Chinois investissent principalement dans l’immobilier, les transports, les biens de consommation, le divertissement et les TIC.

L’US-China Business Council a écrit une lettre à Wilbur Ross mi-mai relativisant le déficit commercial américain vis-à-vis de la Chine (« While the bilateral trade deficit with China is significant and must be reduced, it also needs to be viewed in context. »)  Il cite notamment les travaux de l’OMC et de l’OCDE sur les soldes commerciaux prenant en compte la valeur ajoutée. L’UCBC cite d’ailleurs une étude d’Oxford Economics selon laquelle, en tenant compte de la valeur ajoutée, le déficit américain vis-à-vis de la Chine se réduirait de 40% et atteindrait à peu près le même niveau que le déficit américain par rapport à l’UE.

Relais d’opinion

Le Washington Post publie régulièrement des analyses sur l’impact de l’ALENA et son futur.

Le 3 mai, le Washington Post a publié un graphique détaillé expliquant les étapes d’une future renégociation de l’ALENA dans les trois pays impliqués. Il illustre notamment les différents rapports de force entre exécutifs et législatifs.

La presse américaine s’est beaucoup intéressée à Peter Navarro au cours des deux dernières semaines en raison du changement de statut de l’institution qu’il dirige, estimant en général que cette évolution dénote une perte d’influence, contestée par l’intéressé.

Le 2 mai, Peter Navarro, Directeur du récemment renommé White House Office of Trade and Manufacturing Policy a publié une tribune sur le site de CNN défendant la politique commerciale mise en œuvre par la nouvelle administration. M. Navarro y cite toutes les actions engagées par l’administration dans le domaine commercial, soulignant en particulier l’usage d’une nouvelle méthode de calcul des droits antidumping dite « particular market situation », en vertu du Trade Preferences Extension Act de 2015, dans le cadre d’une procédure contre des oléoducs fabriqués en Corée du Sud.

Bloomberg a publié début mai un portrait de Peter Navarro, le dépeignant comme étant durement critiqué par ses pairs (« His positions on trade have led many of his fellow economists to regard him as a traitor to their class. ») Selon Bloomberg, P. Navarro jouerait le rôle de liaison entre Wilbur Ross, le Secretary of Commerce, et le Président et travaille sur de nombreux dossiers simultanément (« most of what Navarro does involves planning Buy American, Hire American; assisting Ross and others in prepping for bilateral trade negotiations; and helping companies, workers, farmers, and ranchers injured by unfair foreign competition. ») L’article détaille l’évolution intellectuelle du conseiller commercial du Président qui avait des positions bien plus orthodoxes sur le libre-échange au début de sa carrière et était globalement sur la gauche de l’échiquier politique américain (il s’est présenté à l’élection municipale de San Diego en tant que Démocrate en 1992, perdant avec 48% des voix). Selon Bloomberg, P. Navarro n’aurait pour l’instant qu’un seul collaborateur à la Maison Blanche : Alexander Gray, un spécialiste des industries de la défense.

L’élection présidentielle en France a suscité l’intérêt des médias américains.

La presse commerciale américaine s’est intéressée à l’élection présidentielle française. Elle compte Emmanuel Macron comme « un sceptique » quant au TTIP et juge qu’il serait susceptible – en cas de réouverture des négociations de l’ALE transatlantique – de pousser la Commission Européenne à adopter une position ferme, tant sur les enjeux défensifs qu’offensifs.

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