Flash Politique commerciale n° 2017-2

Flash Politique commerciale n° 2017-2

SOMMAIRE

ADMINISTRATION

Dans la continuité de sa campagne et de la période de transition, la politique commerciale est au coeur de l’action du nouveau Président qui, avec le retrait du TPP, met en oeuvre ses engagements.

DEBATS AU CONGRES

A travers le processus de confirmation au Sénat des ministres du gouvernement Trump et la définition d’un projet de « border adjustment tax », le Congrès contribue à la mise en place du programme commercial de la nouvelle administration.

PARTIES PRENANTES

Le Président américain tente de s’appuyer sur une coalition de la société civile favorable à une protection accrue du marché américain, composée notamment de syndicats et d’entreprises exportatrices.

RELAIS D’OPINION

Les principaux médias américains ont tendance à souligner les risques des premières mesures de la nouvelle administration en matière de politique commerciale.

ADMINISTRATION

Le nouveau Président s’est inscrit dans la rupture par rapport à la précédente administration à travers ses premières mesures et l’exposition de son programme commercial.

Donald Trump a dédié un passage de son discours d’investiture à la politique commerciale, en confirmant que la défense des intérêts américains sera sa priorité (« We must protect our borders from the ravages of other countries making our products, stealing our companies and destroying our jobs. Protection will lead to great prosperity and strength. […] We will follow two simple rules: buy American, and hire American. »)

Lors d’un entretien accordé au journal allemand Bild, Donald Trump a critiqué la construction par BMW d’une nouvelle usine au Mexique et a annoncé que les voitures du constructeur allemand qui ne seraient pas fabriquées aux Etats-Unis seraient confrontées à une taxe de 35% en entrant sur le marché américain (« If you want to build cars in the world, then I wish you all the best. You can build cars for the United States, but for every car that comes to the USA, you will pay 35% tax. […] I would tell BMW that if you are building a factory in Mexico and plan to sell cars to the USA, without a 35% tax, then you can forget that. ») Pour mémoire, les constructeurs allemands vendent chaque année environ 1,3 M de véhicules aux Etats-Unis, soit une part de marché de 7,6 %. Selon le Président de la German Association of the Automotive Industry, la production aux Etats-Unis des constructeurs allemands est déjà passée de 214 000 véhicules en 2009 à 850 000 en 2016, dont environ 60 % sont ensuite exportés.

Le 7 février, le Commerce Department a publié les données du commerce extérieur américain pour l’année 2016.

Selon, le Bureau of Economic Analysis (BEA), le déficit commercial américain a augmenté de 0,4 % par rapport à 2015, pour atteindre 502,3 Mds d’USD (2,7 % du PIB). Les exports américains de biens et de services sont en baisse de 2,3 % par rapport à l’année précédente, les imports ayant également diminué en 2016 (- 1,8 %). Les pays avec lesquels les Etats-Unis ont le déficit commercial le plus important sur 2016 sont, dans l’ordre, la Chine (347 Mds d’USD), le Japon (68,9 Mds), l’Allemagne (64,9 Mds), le Mexique (63,2 Mds) et l’Irlande (35,9 Mds).

Trump poursuit la constitution de son équipe commerciale, de nombreux postes demeurant vacants en l’absence de nomination de candidats ou de vote de confirmation par le Sénat.

Wilbur Ross, candidat au poste de Secretary of Commerce, a reçu l’approbation de la commission du Sénat par laquelle il a été auditionné. Sa nomination doit encore faire l’objet d’un vote de confirmation en séance plénière par le Sénat.

Kenneth Juster, associé dans le fonds d’investissement privé Warbug Pincus, vient d’être nommé au poste de deputy assistant to the president for international economic affairs. Il jouera également le rôle de sherpa du Président dans les rencontres de chefs d’Etat et de gouvernement telles que le G7 et le G20. Il succède à ce poste à Wally Adeyemo.

En attendant le vote de confirmation de Robert Lighthizer, c’est Maria Pagan, la directrice adjointe des affaires juridiques qui tient lieu d’USTR. Plusieurs postes au sein du l’USTRO (United States Trade Representative’s Office) doivent encore être pourvus, avant de faire l’objet d’un vote de confirmation au Sénat. C’est notamment le cas des postes de négociateur agricole en chef, négociateur en chef en matière de propriété intellectuelle et directeur des affaires juridiques.

Trump s’est entretenu avec plusieurs de ses homologues pour évoquer le lancement ou la renégociation d’accords de libre-échange, après le retrait américain du TPP.

Le 22 janvier, le nouveau Président des Etats-Unis a annoncé sa volonté de renégocier l’ALENA très rapidement. Dans cette perspective, il devait rencontrer individuellement le Président mexicain et le Premier ministre canadien dans les prochaines semaines. Le 31 janvier, Enrique Peña Nieto a décidé d’annuler sa visite en raison des déclarations de D. Trump sur le financement du « mur » devant isoler les Etats-Unis du Mexique.

Donald Trump a rencontré Theresa May le 27 janvier. La Première ministre britannique a ainsi été le premier chef de gouvernement étranger à rencontrer le nouveau Président après sa prise de fonction (il avait déjà rencontré le Premier ministre japonais en novembre). Au cours de cette visite, M. Trump et Mme May ont décidé de mettre en place des groupes de travail chargés de déterminer les contours possibles d’un éventuel accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, post-Brexit.

Shinzo Abe, le Premier ministre japonais, va à nouveau rencontrer D. Trump lors d’une visite officielle le 10 février. La politique commerciale devrait figurer parmi les sujets abordés, la possibilité d’un accord de libre-échange bilatéral entre le Japon et les Etats-Unis faisant l’objet des spéculations à Washington.

Le 23 janvier, Donald Trump a signé un décret (executive order) mettant officiellement fin à la participation des Etats-Unis au Partenariat Trans-pacifique (TPP).

DEBATS AU CONGRES

Les leaders républicains au Congrès coopèrent avec l’administration Trump sur les nominations commerciales, tandis que les différents acteurs tentent de s’accorder sur la définition de la « border adjustment tax ».

La date de l’audition au Sénat de Robert Lighthizer, la personnalité choisie par D. Trump pour le poste d’USTR, n’est toujours pas connue. Le Trade Act de 1974, tel qu’amendé par le Lobbying Disclosure Act de 1995, interdit à toute personne ayant « représenté, aidé ou conseillé directement une entité étrangère » lors d’une négociation ou d’un conflit commercial d’être nommé USTR, or M. Lighthizer a représenté les intérêts de différents gouvernements (Brésil, Jamaïque, Royaume-Uni, Bermudes) de 1985 à 1991 en tant qu’avocat. Il est cependant probable que l’administration Trump demande une dispense au Congrès pour pouvoir maintenir la candidature de M. Lighthizer. Orrin Hatch, Président de la Commission des Finances du Sénat, a déjà annoncé que cela ne serait pas un problème.

Le Représentant Kevin Brady (Rép., Texas), Chairman of the House Ways and Means a formulé un plan de « taxe d’ajustement aux frontières » (border tax adjustment) qui repose sur des aides financières aux entreprises qui exportent, dont les entreprises importatrices ne bénéficieraient pas. Donald Trump a initialement jugé cette proposition « trop compliquée » au cours d’un entretien avec le Wall Street Journal. La « border adjustment tax » est la proposition clé de la réforme fiscale de grande ampleur souhaitée par les Républicains à la Chambre des Représentants. Selon la Tax Foundation, un think tank conservateur, cette taxe permettrait de financer de très importantes baisses d’impôts. Le Speaker of the House, Paul Ryan soutient cette proposition, tandis que Mitch McConnell, le Minority Leader, et Orrin Hatch ont émis des réserves.

Les parlementaires démocrates, qui ont adopté une stratégie très antagoniste à l’égard de la nouvelle administration sur la plupart des sujets, semblent plus disposés à travailler avec D. Trump en politique commerciale.

Bernie Sanders, Sénateur du Vermont et candidat malheureux à la primaire démocrate, s’est réjoui du retrait du TPP effectué par le Président le 23 janvier. Il a déclaré qu’il était prêt à travailler avec M. Trump sur les sujets de politique commerciale (« If President Trump is serious about a new policy to help American workers then I would be delighted to work with him. ») Elizabeth Warren – Sénatrice du Massachusetts et figure de proue de la gauche américaine – et Chuck Schumer – Sénateur de l’Etat de New York et Minority Leader du Sénat – s’étaient également opposés au Partenariat Trans-pacifique, soutenu par le Président Obama.

Une partie des Démocrates au Congrès souhaite renforcer la législation « Buy America ». A la Chambre des Représentants, Dan Lipinski (Illinois) a présenté une proposition de loi élargissant le nombre de programmes fédéraux comprenant une clause « Buy America », obligeant l’entité recevant les fonds à n’acheter que des produits fabriqués aux Etats-Unis. De plus, si cette proposition de loi est votée, les agences fédérales souhaitant être dispensées de l’application de la norme « Buy America » devront le publier dans le Federal Register (équivalent du Journal Officiel). Le Représentant a reçu à cette occasion le soutien de plusieurs syndicats. Cette proposition de loi créerait également un rapport listant la totalité des marchés publics américains ayant été gagnés par des acteurs étrangers. Ce projet s’inscrit dans une logique proche de celui du Sénateur Sherrod Brown (Démocrate – Ohio), destiné à étendre l’obligation de se fournir en matériel américain à de nombreux programmes fédéraux.

 

PARTIES PRENANTES

D. Trump s’appuie sur une coalition favorable à une protection accrue du marché américain, composée notamment de syndicats et d’entreprises vulnérables à la concurrence internationale.

Le Président de la principale fédération de syndicats américaine, l’AFL-CIO, a salué la décision de Donald Trump de retirer les Etats-Unis du TPP. Richard Trumka milite également pour une renégociation, voire une sortie de l’ALENA, estimant que l’accord est en partie responsable de la désindustrialisation qu’a connue les Etats-Unis au cours des deux dernières décennies.

L’industrie de l’acier américaine appelle Donald Trump à utiliser la section 301 du Trade Act de 1974 à l’encontre des gouvernements tenus responsables de la surcapacité sur le marché mondial de l’acier. En effet, l’American Iron and Steel Institute a publié un document listant ses priorités en matière de politiques publiques pour 2017. Ce rapport est très critique envers la Chine, accusée de manipuler sa devise, de subventionner ses industries et de contourner les mesures américaines, tels que les droits compensatoires (« countervailing duties »), mises en place. La section 301 du Trade Act permet au Président des Etats-Unis d’imposer des droits de douane ou des restrictions des importations sur les biens venus de pays ayant des pratiques commerciales déloyales ou discriminatoires.

Selon deux sondages publiés à la veille de la cérémonie d’Inauguration du nouveau Président, M. Trump serait revenu à son niveau de popularité pré-élection, de l’ordre de 40% d’opinions favorables. Cependant selon le sondage réalisé par ABC News et le Washington Post, une majorité des Américains soutient son ambition de renégocier l’ALENA et de « punir les entreprises qui délocalisent des emplois des Etats-Unis vers d’autres pays ».

Les entreprises importatrices américaines ont monté une opération de lobbying contre la « border adjustment tax ».

Le projet de « border tax adjustment » républicain divise le secteur privé américain. Ainsi, plus de 100 entreprises et groupes d’intérêts (Nike, Gap, Walmart, Target, IKEA North America, LVMH, Pernod Ricard USA, etc.) dont l’activité repose sur l’import ont créé une coalition contre ce projet : « Americans for affordable products ». A l’inverse, les entreprises exportatrices y sont très favorables.

RELAIS D’OPINION

La presse américaine a analysé les profils des personnalités choisies par D. Trump pour son équipe commerciale, argumentant qu’ils annoncent une politique semblable à celle déployée par R. Reagan à l’égard du Japon.

Le New York Times a consacré un article aux conséquences de la nomination de Robert Lighthizer comme USTR sur la relation sino-américaine. Ce dernier est un partisan d’une défense commerciale solide, comme le montre son expérience en tant qu’USTR adjoint au cours des années 1980 – période durant laquelle il a été chargé de négocier des restrictions volontaires des exportations avec le Japon – ainsi que son rôle en tant que principal avocat en droit commercial du secteur de l’acier américain. Le NYT a également publié à cette occasion les minutes d’un témoignage de R. Lighthizer devant une commission du Congrès en 2010. Selon le journal new-yorkais, M. Lighthizer est allé jusqu’aux limites de ce qui était autorisé dans le cadre du droit international en tant qu’USTR adjoint, et conseillait au pouvoir politique de faire de même en 2010 (« To attack a problem as large as our trade deficit with China, U.S. officials must be prepared, at a minimum, to consider very aggressive positions at the W.T.O. »)

Les principaux médias américains tentent de prédire les conséquences de la mise en œuvre du programme commercial de D. Trump.

A l’occasion du sommet de Davos, le magazine Politico a publié une longue analyse de la position de M. Trump en matière de politique commerciale. Le magazine estime que ce qu’il appelle « les élites transnationales » rassemblées à Davos n’ont pas pris la mesure des changements qui vont intervenir suite à l’arrivée au pouvoir de cette nouvelle administration (« The American political system—let alone the transnational elites now gathering in Davos, Switzerland—has not yet come to terms with just how massive the changes are likely to be : Trump’s policies will call into question the global investment strategies of U.S. multinational companies in industries ranging from autos to semiconductors, the global sourcing by large U.S. retailers like Wal-Mart and Target, and the global trade rules constructed under the leadership of the United States. They could shake U.S. alliances around the world. ») Politico insiste également sur le fait qu’il est très peu probable que M. Trump change de position sur ce sujet, contrairement à certains de ces prédécesseurs. En effet, Donald Trump est très constant dans son rejet de l’abaissement des barrières commerciales : ainsi, dès 1987, il a acheté une page entière de publicité dans le New York Times pour y dénoncer le Japon, dépendant des Etats-Unis pour sa défense, mais accumulant d’importants surplus commerciaux à leurs dépens.

Le Wall Street Journal, comme de nombreux autres médias, souligne le fait que les portefeuilles des conseillers de D. Trump, tant au sein de la Maison Blanche que des ministères, ont tendance à se superposer, ce qui est susceptible d’engendrer d’importants conflits internes. Ainsi, dans le domaine de la politique commerciale, le Président a nommé un USTR (R. Lighthizer), mais a donné la responsabilité de la négociation d’accords commerciaux au Secretary of Commerce (W. Ross). Il a également nommé un chief negociator (J. Greenblatt) au sein de la Maison Blanche, ainsi qu’un directeur du National Trade Council (P. Navarro) en plus d’un deputy assistant to the president for international economic affairs (K. Juster).

Bloomberg a consacré un article au fait que de nombreux acteurs financiers optimistes jusqu’ici, pensent désormais avoir sous-estimé le risque que D. Trump représente pour le commerce mondial. Bloomberg cite par exemple Ray Dalio, milliardaire à la tête du hedge fund Bridgewater Associates qui, s’il était « bullish » en novembre, déclare maintenant que les effets négatifs de la politique commerciale de la nouvelle administration vont probablement surpasser l’impact positif des mesures pro-business (« Nationalism, protectionism and militarism increase global tensions and the risks of conflicts. We are increasingly concerned about the emerging policies of the Trump administration. ») De même, Alec Phillips, l’économiste politique de Goldman Sachs basé à Washington, a récemment écrit dans une note intitulée « Trade wars » que les perspectives économiques résultant de décisions politiques se dégradent aux yeux de son institution (« One month into the year, the balance of risks is somewhat less positive in our view. »)

Le Washington Post Begun, the trade wars have ») et le New York Times Trump’s Trade War May Have Already Begun ») ont mis en exergue le caractère non-coopératif de la politique commerciale prônée par la nouvelle administration. Les deux journaux évoquent la possibilité que la Chine profite d’un retrait des Etats-Unis, citant les propos de Jeroen Dijsselbloem, le Président de l’Eurogroup en marge du Forum de Davos (« We’ve always said that America is our best friend. If that’s no longer the case, if that’s what we need to understand from Donald Trump, then of course Europe will look for new friends. China is a very strong candidate for that. […] If you push away your friends, you mustn’t be surprised if the friends start looking for new friends. »)

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